Parents z'ordinaires

Rencontre avec Marielle

Bonjour Marielle et merci d’accepter de venir nous parler de parentalité… Et pas n’importe laquelle ! La tienne ! D’autant plus que tu es la première à passer par ici, avant toute une série (que j’espère longue et enrichissante!!) d’interview de parents z’ordinaires. Allez zou, c’est parti ! La première question est assez ouverte… Il te suffit de te présenter… Qui es-tu donc ?

Hum, hum, je suis une jeune femme de 25 ans, maman de 2 enfants de 8 ans et 16 mois. J’ai vécu ma première grossesse à 17 ans et ma seconde 6ans plus tard. De formation éducatrice de jeunes enfants. J’ai fait cette formation après la naissance de ma première fille. Que dire de plus ? J’aime les lasagnes et le chocolat, et tous les septembres je me motive pour faire du sport, ce qui ne dure pas forcément (rarement) toute l’année …mais le principal c’est de recommencer hein ?! Quelqu’un d’ordinaire en somme.

Comment as-tu appris ta première grossesse et quelle a été ta réaction ?

Pour ma première grossesse j’avais un retard de règles d’une semaine. J’habitais à cette époque-là à 400 km de mon compagnon (pour le travail) mais je rentrais tous les week-ends. Un fameux vendredi soir, dans le train j’ai eu comme un pressentiment : « Et si j’étais enceinte ? Qu’est ce que je ressentirais ? Et si c’était pas le cas pourquoi je ressentais ça ? »… J’ai acheté un test en arrivant à la gare et je l’ai fait en arrivant chez moi. Il était positif, j’ai pleuré (de peur ?de joie ? …je ne sais pas…), il a pleuré… Nous sommes restés une éternité assis par terre dans cette salle de bain.

Comment as-tu vécu cette grossesse, cette entrée dans la parentalité ?

Pas très bien à vrai dire. Malgré la décision réfléchie de continuer cette grossesse, j’ai eu du mal à ne pas être ambivalente. Par moment heureuse et par moment à me dire qu’il s’agissait d’une punition pour mon comportement désinvolte. Puis coupable d’avoir ressenti ça….Bref un cocktail détonnant mais pas vraiment agréable. Du fait de mon jeune âge je n’ai pas beaucoup communiqué sur mon mal-être, je ne voulais pas être assimilée à ces ados stéréotypées dans les émissions de télé-réalité. Je me suis plutôt isolée, j’ai essayé de me former par des lectures et je pensais que pendant les 9 mois de la grossesse je trouverai « l’instinct maternel ».

Et l’accouchement alors ?

L’accouchement s’est bien passé. Oui oui sans rire ! Le samedi je déménageais une amie, en m’activant au maximum (ben oui, si jamais ça pouvait aider le travail à se mettre en route !). Et bingo ! Dans la nuit j’ai eu des contractions et le matin nous voici à la clinique sans avoir dormi. Mon gynéco habituel était de garde, les sages-femmes étaient au top. Après plusieurs heures de travail et une péridurale du tonnerre (je rigolais, mais rigolais…), ma fille est née le dimanche à 13h50. Apparition de l’instinct maternel ?

Raconte-nous les premiers jours aux côtés de ta fille…

D’abord les premières minutes… Un sentiment indéfinissable. Un petit bout sur le ventre, tout mou, tout doux, avec de grands yeux qui cherchent. Mais un petit bout inconnu quand même. C’était déstabilisant ce contraste d’amour et d’inconnu. Savoir que ce bébé était en moi, vient de nous mais qu’on ne le connaît pas. Puis vient le moment où il a faim… Et pour ma première, je pensais que l’allaitement était instinctif, naturel, inné…loin de là. Je pensais avoir suffisamment lu, avoir suffisamment de volonté pour y arriver facilement, mais là n’était pas la question. Il y a des choses incontrôlables dans la naissance, dans l’allaitement, dans l’être parent. La première nuit le papa n’a pas pu rester, les sages-femmes l’ont gentiment mis dehors et je me suis retrouvée seule avec ce petit bébé inconnu. Fatiguée de plus de 48h sans sommeil, perdue, et avec la folie des hormones. On m’a proposé de laisser ma fille pour dormir quelques heures, ce que j’ai fait… Je l’ai regretté si fort. Je pense qu’elle avait autant besoin de moi que moi d’elle pour tisser ce lien… pour s’apprivoiser. Mais aussi qu’on aurait eu besoin de son père pour aider à créer ce lien qui n’a pas été intuitif. Les jours qui ont suivis ont été une succession de moments difficiles avec un allaitement qui ne fonctionnait pas, beaucoup de pleurs et pour moi un sentiment constant de ne pas la comprendre, d’être une mauvaise mère. Conclusion…pas d’instinct maternel en vue. Y aurait-il un méga complot pour faire croire que ça viendrait un jour ?! En fait, on apprend, on vit, on expérimente et on se créé mère, c’est mon avis après tout cela. Si seulement j’avais su avant que ce n’est pas inné et que ça peut être compliqué de devenir mère, j’aurais peut-être moins culpabilisé sur le moment.

Et le père dans tout ça ?

Le père… Je pense qu’il a voulu assumer, gérer. Finalement avec les années je suis incapable de savoir si le temps de la grossesse, il l’a désirée cette petite fille. Ou encore de qui venait plus ou moins le choix de la garder (30/50, 50/50 …je ne sais pas !). Même si aujourd’hui il me semble être heureux et fièr de sa fille qui lui ressemble par bien des points. Il était là, à prendre son rôle comme il pensait qu’il fallait le faire (sans avoir eu de modèle paternel totalement équilibré, je pense qu’il s’est créé sa manière d’être père). Il a fait en sorte que matériellement notre fille soit accueillie au mieux.

Qu’est-ce qui a changé dans la relation à ta fille après la séparation ?

Je me suis éloignée d’elle… Aussi bizarre que ça puisse paraître. J’ai eu beaucoup de mal à accepter de la voir une semaine sur deux. Et je pense m’être protégée en investissant moins notre relation. Son père m’avait toujours dit qu’il n’y avait pas de lien particulier entre elle et moi, entre une mère et son enfant. Je pense que je m’étais simplement fait à cette idée.

Ensuite, elle a rencontré sa belle-mère, avec qui elle a eu un véritable coup de cœur dans une période où j’étais moi-même en retrait. Comment ne pas voir une relation de cause à effet et ne pas culpabiliser? Je m’en suis beaucoup voulu… Puis j’ai appris à accepter. Il y a des liens qui se créent sans qu’on les cherche alors comment lutter. Même si aujourd’hui il peut encore m’arriver d’être très triste à son départ de chez nous, j’ai trouvé un juste équilibre dans notre relation. Je chérie les moments passés avec elle, je ne culpabilise plus et j’ai complètement accepté sa relation à sa belle-mère que j’ai appris à connaître. La recette ? Le temps, l’évacuation des pleurs, de la colère et un travail sur soi…

Comment se sont passés les premiers temps en famille avec ton nouveau compagnon ?

Ils étaient assez neutres… Mon compagnon a eu besoin de temps pour se dévoiler à ma fille, pour être dans une dynamique de « famille ». Il est passé de tout seul à trois, ce n’était pas évident. J’étais le pilier au milieu d’eux deux, la référence. Ni l’un ni l’autre n’avait d’élan sans m’avoir consulté. Ma fille restait très proche de moi et a mis un certain temps pour s’intéresser à mon compagnon en tant que personne.

Comment l’envie d’un autre enfant a émergé chez toi ?

Joker !

Non, mais je pense que dans un premier temps ça a été un désir fort, presque instinctif ou hormonal, je ne sais pas. Il s’est trouvé que j’étais avec la bonne personne (un homme stable que j’aimais, avec un désir d’enfant même s’il était moins dans l’instant que le mien) dans un bon moment de ma vie pour mettre ce désir en pratique.

Comment as-tu vécu cette deuxième grossesse ?

Totalement différemment de la première … Tout a commencé avec trois semaines de fièvre et de violents maux de tête. A courir chez le docteur, puis faire des analyses… Verdict, il se trouvait que j’étais tout récemment enceinte et que j’avais une méningite virale. De rebondissement en rebondissement, j’avais également contracté la toxoplasmose au premier trimestre. Autant dire que c’était loin d’être serein et agréable comme début de grossesse. J’étais très inquiète pour mon bébé et les médecins étaient loins d’être rassurants. Nous saurions au fur et à mesure de l’avancée de la grossesse si notre bébé serait « viable  et en bonne santé ». Alors ma vieille amie la colère est venue me rendre visite à nouveau assez régulièrement, c’était difficile de devoir supporter que cette grossesse désirée ne se passe pas comme « prévue ». Finalement mon petit garçon allait bien ce qui s’est vérifié aux différentes échos, puis à la naissance et enfin avec les derniers résultats de prise de sang à ses 10 mois. Car jusqu’aux examens post-naissance il aurait pu avoir des « altérations sensorielles » selon le pédiatre…Soit sereine enceinte avec ça ! J’ai cependant eu la chance de rencontrer une sage-femme en or avec qui nous avons préparé cette naissance. Aujourd’hui je peux dire que cette rencontre a vraiment impacté notre grossesse. Trouver un professionnel à l’écoute bienveillant et compétent, je pense que ça a fait partie des ingrédients indispensables pour investir au mieux cette grossesse. Je n’ai pas hésité à changer de sage-femme au départ car je n’avais pas accroché avec la précédente, je n’ai aucun regret !

Hormis ces épreuves, avec 6 ans de plus et une première grossesse j’abordais les choses complètement différemment. Sans oublier la formation d’éducatrice de jeunes enfants ah ah !^^ Aide ou handicap ?! Mes collègues EJE doivent avoir la réponse à cette question… Devenir une chieuse de la liste de naissance, aménager une chambre de bébé en adéquation avec ses principes, se remettre en question encore et encore (qui a dit qu’une bonne professionnelle était une bonne mère ?…) Bref la prise de tête. Celui qui était content (la plupart du temps) c’était Monsieur : il avait la chance d’avoir une formation accélérée en 9 mois des grands principes d’éducation, de psycho et d’aménagement de l’espace… No comment !

Et l’accouchement ?

Alors, non, je n’ai pas été payée pour le repeuplement de la France, mais ça s’est à nouveau bien passé ! J’avais pensé reprendre la péridurale vu le bon souvenir que j’avais gardé de ma première grossesse. Puis en discutant avec une amie qui ne la souhaitait pas, je me suis dit qu’en fait j’avais encore le choix. Alors pourquoi ne pas tenter sans ? Nous avons élaboré ce projet avec mon compagnon et notre sage femme.

Je désespérais de devoir être déclenchée une semaine plus tard, le travail n’étant pas lancé et tout était bien fermé. Le samedi matin (à nouveau un samedi !!) nous étions à la piscine, l’après-midi à la plage en famille. J’ai eu des contractions régulières toute la journée. Mais je savais, je sentais, que ce n’était pas le moment. Dans la nuit du samedi au dimanche, une fois passées les 3 min d’écart entre les contractions, nous sommes partis à la clinique, j’ai perdu les eaux en route. J’ai pensé à cette péridurale, j’ai dit à la sage-femme que je voudrais peut-être revenir sur ma décision car la douleur était tellement forte… Mais elle a soutenu mon projet initial, je pouvais essayer sans car c’est ce que je voulais quand j’avais les idées claires. Puis j’ai senti, THE moment. Celui où mon fils voulait sortir, la sage-femme voulait m’ausculter encore (elle n’y croyait pas trop). Ni une, ni deux, on était en place. Environ 30 minutes plus tard mon fils est né ce dimanche à 4h44. Les 30 minutes les plus intenses de ma vie. Tout sentir, avoir le contrôle, perdre le contrôle, ne pas se sentir capable, le faire, l’avoir fait…un mélange d’actions, d’émotions. Puis le calme après la tempête (les hormones surtout !!^^) Puis l’amour. Toujours un petit bébé inconnu, mais moins inconnu. Ou alors une nouvelle maman : moins nouvelle et plus maman… Je ne sais pas. Mais une connexion plus rapide, c’est sûr.

Les premiers temps en famille se sont-ils passés sereinement?

Globalement oui, j’étais plus assurée en tant que maman et je me sentais connectée à mon bébé. Ça a été plus compliqué avec le papa. Il avait du mal à prendre une place dans ce duo assez fusionnel. Ma grande s’est tout de suite investie avec son petit frère. Moi qui avait eu peur d’avoir un deuxième enfant car je voulais aimer toujours autant ma grande (ben oui, avant de le vivre, c’est dur d’imaginer que l’amour se multiplie mais ne se divise pas !). Il a fallu trouver notre organisation avec un bébé qui demande beaucoup d’attention, une petite fille qui grandit mais a vécu 6 ans et demi enfant unique. Nous étions plus parents que couple, et il a fallu un temps d’adaptation pour rééquilibrer cela quelques mois plus tard.

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui … c’est se retrouver en tant que femme qui est difficile. Savoir ce que je veux, ce dont je suis capable, reprendre une place professionnellement, c’est tout cela qui est l’inconnu. Avoir vécu tout cela en apprend beaucoup sur soi, sur ses failles et ses capacités à se dépasser, mais surtout sur le fait que rien ne se passe comme prévu. Qu’on peut être informé, préparé il y a toujours de l’inconnu, de la surprise dans la parentalité. Puis j’ai acquis des certitudes, que l’amour pour ses enfants est indéfectible malgré le fait qu’il évolue, se modifie… Qu’être entouré de personnes bienveillantes est une aide précieuse pour surmonter les épreuves, et parfois se surmonter soi-même… Que tout n’est que création et expérimentation.Alors si seulement on pouvait faire déculpabiliser un peu les parents, je pense qu’ils seraient plus sereins (peut être une piste pro un jour…).

Comment te définirais-tu aujourd’hui en tant que mère ?

Euh, me définir ? … Vraiment ? Je pense que je laisse la place à la négociation car j’ai pris conscience (par les expériences) que tout n’est pas noir ou blanc, et que les nuances de gris ça peut être sympa aussi. J’ai aussi conscience que les émotions et les ressentis peuvent être complexes et inexpliqués (au premier abord) pour les adultes autant que pour les enfants. Qu’il faut laisser du temps pour apprendre et expérimenter. Qu’un bon fou-rire ou une séance de chatouilles peut désamorcer des tensions. Que prendre 10 minutes pour un câlin n’est jamais une perte de temps. Que « valoriser » est une notion essentielle car nos enfants ont besoin de notre regard bienveillant (j’ai pu voir en direct que ma grande se met déjà une telle pression…) En gros, j’essaie d’apprendre au fur et à mesure ce qui correspond à mes enfants et à notre famille. Comme une apprentie, sur le terrain, avec des erreurs, mais avec l’envie de m’améliorer et de faire mieux.

Pensais-tu que tu serais cette mère-là ?

Franchement non! Moi je comptais sur ce P**** d’instinct maternel pour savoir faire!^^

Mais je préfère cette version. Et puis on est mère avec ce qu’on a à l’intérieur, notre petit nous, nos compétences perso et nos blessures. C’est pour ça que chacune de mes grossesses et de mes rapports à mes bébés a été différent (je pense).

Quelles valeurs voudrais-tu transmettre à tes enfants ?

L’estime de soi qui me semble essentielle pour se voir et voir les autres, la bienveillance (juger le moins possible, ne pas dénigrer ce que l’on ne comprend pas), s’accepter soi/ ses émotions/ ses erreurs/ les autres… Le plaisir ! Le plaisir dans la vie, dans le jeu, dans les moments simples que l’on partage en famille, entre amis, en amoureux mais aussi seul pour soi.

Quel(s) message(s) voudrais-tu faire passer aux parents et futurs parents qui te lisent ?

On est tous des apprentis, on est tous sur le terrain… Écoutez-vous, vos émotions, vos ressentis. Une grossesse, une naissance, devenir père ou mère c’est le MEGA truc de la vie, l’épreuve parfois positive, parfois négative. Il y a jamais eu de recette et pourtant vous êtes des chefs cuisiniers avec vos ingrédients… Alors vous pouvez tester des choses, inventer votre manière d’être parent et par moment poser le tablier pour faire une pause. Vous pouvez chercher les bonnes personnes qui peuvent vous épauler (un gynéco, une sage-femme, un pédiatre et si celui de base ne vous plaît pas, changez !)

Bref, sentez-vous libre d’être vous. Même si vous devez vous chercher, vous découvrir cela vaut le coup.

Merci Marielle de nous avoir conté ces petits bouts de ta vie. Nous te souhaitons à toi -maman ordinaire mais ô combien merveilleuse- et à ta famille beaucoup, beaucoup de bonheur! (et de lasagnes…)

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *