Parents z'ordinaires

Rencontre avec Aloyse

Bonjour à toi, et merci de venir nous parler de parentalité… De ta parentalité! La première question est assez ouverte… Il te suffit de te présenter, toi et ta famille !

Je me nomme Aloyse, j’ai aujourd’hui 44 ans, je suis couturière médiévale. J’ai enseigné 15 ans en primaire avant de craquer et de tout lâcher. Mes parents sont décédés il y a 7 ans environ, et j’ai quitté mon mari et pris ma retraite suite à ça. Aujourd’hui je vis avec un compagnon beaucoup plus jeune que moi.

J’ai toujours voulu être maman, je sentais que j’avais beaucoup à donner. Ce que je n’avais pas prévu, c’est d’avoir envie d’un-e troisième bébé et la façon dont mes enfants viendraient au monde… Ni que je n’aurais pas l’énergie suffisante pour les gérer tous les trois. J’ai L, un grand garçon de 17 ans, M, une fille de 14 ans et Y, une de 11ans. Trois personnalités bien à elleux et trois individus passionnants. J’ai eu mon fils à 28 ans et ils ont trois ans d’écart.

Comment as-tu appris ta première grossesse et quel a été ta réaction ?

Je la désirais de tout mon cœur et quand c’est arrivé après un raté, j’étais sur un nuage !

Comment as-tu vécu cette grossesse, cette entrée dans la parentalité ?

Comme une découverte. Je me suis beaucoup documentée, j’ai été accompagnée par mon mari et ma maman, alors sereinement.

Et l’accouchement alors ?

Un cauchemar ! Ça a duré des heures, la péridurale a été une épreuve, puis j’ai eu envie de tout lâcher et de mourir. Puis ventouse, épisiotomie…. Je suis tombée dans les pommes. Ensuite on a emmené mon bébé à l’hôpital à cause d’une bactérie, j’ai eu de l’herpès à cause du stress donc deux jours de séparation, pas possible de lui faire des bisous, l’allaitement qui ne marche pas, la sensation d’être nulle… et une infirmière qui me déculpabilise en me montrant qu’il y a des biberons à volonté.

Quelle épreuve… Te rappelles-tu comment se sont passés les premiers moments avec ton fils ?

J’avais un masque à cause de l’Herpès, j’avais mal à cause de l’épisiotomie, j’étais triste, seule…. Bref loin de mon rêve. Nous avons mis des années à nous apprivoiser.

Quand t’es-tu sentie vraiment « maman » ?

Quand je suis rentrée chez moi et que j’ai pu m’occuper de lui, l’habiller, le soigner, le baigner… et rire avec lui. Regarder ses progrès.

Et le père dans tout ça ?

Il a mis le chauffage dans la maison quand j’étais à la maternité !! Il avait 24 ans, il ne se sentait pas prêt mais son fils l’a fait fondre….

La naissance du premier a-t-elle changé votre relation ?

Oui, j’ai dû devenir responsable, mais pas lui, il s’est beaucoup laissé vivre. Moi j’assumais toute la charge financière, et lui il gardait notre fils, mais à moi les courses, le ménage, la cuisine, la vaisselle… j’étais frustrée et déçue. Il s’y est mis un peu plus par la suite mais notre sexualité est devenue bancale : j’étais fatiguée et lui, il me parlait de ses « besoins ».

Comment et pourquoi avez-vous eu envie de faire d’autres enfants ?

Nous étions convaincus qu’il fallait deux enfants, parce que la fratrie permet de grandir mieux et que nous avions chacun une sœur. Mais par la suite j’ai voulu une dernière grossesse, l’idée de ne plus porter d’enfant ni d’avoir de bébé m’était insupportable. Mon mari m’a dit qu’il n’avait pas particulièrement envie mais qu’il me suivait si c’était vraiment important pour moi.

Comment se sont passées les deux autres grossesses ? et les accouchements ?

Les grossesses plutôt tranquilles. Mais deux césariennes et un diabète gestationnel (pour M), de grosses crises d’asthme… Les accouchements ont été épiques, césariennes en urgence, péridurale…. M (ma 2ème) avait le cordon devant la tête, et Y (la 3ème) ne passait pas. Mais pour Y j’étais fière de moi, j’ai géré comme une cheffe les contractions, je n’avais plus peur…

Quand le gynéco m’a dit « il va falloir ouvrir », j’ai répondu : « je vous l’avais dit ! »

As-tu trouvé différent d’être mère d’un garçon que d’une fille ?

Honnêtement non. Pour moi ce sont des individus, j’ai suivi mes enfants dans leur évolution plutôt que je ne l’ai anticipée. Iels donc eu des calins des bisous, des jouets, des sorties tous ensemble.

Mes beaux-parents et ma mère en revanche avaient l’air de trouver ça important.

Peut-être le regard de la société sur mes filles et mon fils est-il plus clivant que le mien. Mon fils n’est pas un stéréotype, mes filles non plus.

Et aujourd’hui, comment se passe votre quotidien familial ?

Aujourd’hui, L a 16 ans, M 14 ans et Y 11 ans. Iels habitent chez leur papa depuis que je l’ai quitté, c’est moi qui suis partie de la maison. J’avais acheté une petite maison à 50m. Je les recevais un soir chacun, et les filles le midi. Mais je vais déménager loin d’elleux et iels viendront chez moi les vacances et certains w-e.

As-tu eu des réactions négatives lorsque ton entourage a appris que tes enfants resteraient habiter chez leur père ? 

La belle-famille m’a vue comme celle qui « abandonne » leur fils et les enfants. Ils ont une vision très classique du couple (« Quand on fait des gosses on les assume »). Mais non, on m’a plutôt dit, d’un côté « oh mon dieu ça doit être dur de ne pas les avoir » (alors que je n’ai pas l’énergie de les gérer seule et que c’est leur père qui a proposé de garder les enfants), et de l’autre « oh la chance ! Tu vas enfin pouvoir t’occuper de toi » (et j’en avais effectivement besoin).

Qu’est-ce que cette décision a changé dans ta relation avec tes enfants ?

Avant, j’étais toujours fatiguée, irritable, dépressive. Après mon départ, j’ai pu profiter pleinement du temps passé avec chacun-e d’elleux, discuter à cœur ouvert, jouer, regarder des films… j’ai emmené M et Y sur les fêtes médiévales. Au final c’est de Y que je suis plus proche. On a fait de la reconstitution viking, des tournages, des GN dans un village gaulois, voyagé…

Après des années difficiles avec L (précoce et TDA toujours écorché vif), on a pu se retrouver, se prendre enfin dans les bras, j’ai pu lui dire combien je l’aime. Avec M on regarde des films et on fait de la couture (elle ne parle pas beaucoup), mais on cuisine ensemble… c’est chouette.

Comment te définirais-tu aujourd’hui en tant que mère ?

Une amie, une écoute, un soutien indéfectible, une partenaire de bons moments, un professeur de vie… indépendante mais qui a besoin de garder le contact. Si je passe plusieurs jours sans les voir ou leur parler je déprime.

Pensais-tu que tu serais cette mère-là ?

Je crois que oui. Je sentais depuis mon adolescence qu’être mère serait un gros projet dans ma vie. C’est plutôt le peu d’énergie qui me resterait pour le faire qui est une surprise. Alors je fais avec et au final c’est mieux comme ça.

Peux-tu nous raconter l’un de tes plus beaux souvenirs avec chacun de tes enfants ?

Avec L : une soirée chez moi où il a ramené une amie, on a mangé ensemble, fait des jeux de société, et beaucoup ri.

Avec M : on a cousu ensemble une tenue de cosplay « Sakura », je lui ai appris à utiliser la machine à coudre et à faire un patron, découper, assembler, épingler… J’aime aussi quand on cuisine ensemble, elle arrive avec ses projets et je lui apprends les bases.

Avec Y : d’innombrables moments, sur la route toutes les deux, où elle lit la carte et me guide, ou lorsqu’on est ensemble dans un camp viking… les quatre nuits à dormir dans la cabane du forgeron du village gaulois. Elle ne voulait plus repartir !!!

Quelles valeurs phares voudrais-tu transmettre à tes enfants ?

Autonomie, esprit critique, respect de l’Autre dans sa différence, écologie, simplicité, curiosité…..

Quel(s) message(s) voudrais-tu faire passer aux parents et futurs parents qui te lisent ?

Vos enfants sont des personnes qui ne vous appartiennent pas, vous avez endossé la lourde responsabilité de les accompagner vers l’âge adulte et l’autonomie. Gardez l’œil et le cœur ouverts : ils vous émerveilleront et vous surprendront chaque jour ! Et répondez à leurs questions, osez dire « je ne sais pas pais on va chercher ensemble la réponse».

 

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