Parents z'ordinaires

L’histoire d’une maman z’ordinaire…

Bonjour à toi ! Merci de venir nous parler un peu de toi et de ta parentalité ! On a tous très envie d’en savoir plus… Mais d’abord, il te faut te présenter un peu… Qui es-tu ?

Bonne question. Je n’ai pas encore fait le tour de la question !! Haha!

Comment as-tu rencontré ton compagnon ?

Nous nous sommes rencontrés quand nous étions étudiants. Il m’a tout de suite plu, parce qu’il avait un côté un peu fonceur, blagueur et fou-fou, mais aussi une assurance, une stabilité à laquelle j’aspirais. Moi, c’était un peu l’inverse. Alors forcément, il m’a tapé dans l’œil !

Comment l’envie d’avoir un enfant vous est-elle venue ?

C’est venu de moi. Tout doucement au début. Jusqu’au moment où je me suis mise à m’arrêter sur tous les bébés et les mamans que je croisais dans la rue (en priant le ciel pour qu’elles ne me prennent pour une psychopathe du genre Peyton Flanders dans La main sur le berceau). C’est comme ça que j’ai compris que je voulais avoir un enfant.

Comment as-tu appris ta grossesse, et comment lui as-tu annoncé ?

Je voulais vraiment l’avoir cet enfant. Du coup, je guettais comme le lait sur le feu les premiers signes d’une éventuelle grossesse. Naturellement, le mois où je n’ai plus eu mes règles, j’ai couru à la pharmacie demander un test de grossesse. Quand le résultat s’est affiché, mon cœur a décollé. J’ai tout de suite appelé mon mari pour lui annoncer la super nouvelle (depuis j’ai gardé le test)  !! Durant toute la journée, il m’a fallu prendre sur moi, dans la rue, au travail, devant mes collègues ou mon affreuse chef de l’époque pour ne pas exploser de joie.

Comment t’es tu sentie enceinte ?

Très heureuse et très angoissée. Je me sentais excitée à l’idée de cette aventure à laquelle je me préparais tout doucement, en dévorant tous les livres qui se trouvaient à ma portée, en observant les mamans autour de moi et en parlant à d’autres femmes. J’avais à l’époque une cercle d’amies qui venaient d’avoir des enfants. Elles m’ont beaucoup apporté.

J’étais très fatiguée aussi. Je me souviens d’un voyage à Prague. J’ai passé la quasi totalité du séjour à dormir dans la chambre d’hôtel ! Je ménageais beaucoup mes forces car je sentais que je n’en avais pas beaucoup et que j’allais devoir puiser dans mes réserves pour tenir.

Surtout, je suis devenue super-méga angoissée. Au travail, ça se passait mal.

Et puis, un soir, en me rendant à mon domicile, je me suis faite agresser. Un coup de poing en plein visage au 4ème mois de grossesse (cela m’a valu un superbe hématome et une perte de connaissance). J’ai eu très peur pour le bébé parce que j’étais tombée sur le ventre. Finalement, je n’avais rien, le bébé non plus, mais cela a ravivé un grave traumatisme. Tout m’est revenu en pleine figure. Et malgré les propos rassurants des médecins, je n’ai jamais réussi à me calmer durant les mois qui ont suivi. On avait beau me raisonner, il n’y avait rien à faire, j’étais inquiète et emplie de culpabilité. Durant cette période, les livres ne m’ont pas beaucoup aidée parce qu’au final, ça ne collait pas avec mon histoire, et je fermais les bouquins en me sentant davantage coupable. Heureusement j’en ai parlé à des professionnels, des femmes, des hommes très humains, qui m’ont aidée à faire face et m’ont beaucoup apaisée.

Comment s’est passé l’accouchement ?

Bien, malgré la douleur et une grosse frayeur.

Au début ça allait, et puis rapidement, j’ai eu très mal. Je me souviens bien de la sensation que produisaient les contractions dans mon corps. Ça me prenait comme des vagues dans le bas du dos et dans tout le ventre. Quand la vague montait, je gérais, mais quand elle commençait à redescendre, je savais que j’allais déguster. J’avais des contractions très rapprochées et le col ne se dilatait pas. Finalement, on m’a mise sous morphine pour ne pas m’épuiser complètement en début de travail et que le col puisse s’ouvrir. Cela a très bien fonctionné. J’avais confiance en moi, dans le personnel autour et j’étais très déterminée. Je me suis jamais sentie autant animale. Il n’y avait plus de place pour la pensée, juste la douleur et l’envie de donner la vie. Mon mari était à côté, mais honnêtement, je l’ai complètement occulté. Et la fois où le pauvre a dû me demandé comment ça allait, je l’ai rabroué aussi sec en lui aboyant dessus. Une fois dans la salle d’accouchement, tout s’est accéléré pour moi. La douleur s’est tellement intensifiée que j’ai bien crû que je n’allais pas y arriver et que j’allais perdre connaissance. Mais bizarrement, je me sentais confiante et très bien entourée. J’ai alors demandé la péridurale. Je l’ai eue, mais à faible dose à cause de la morphine. Cela m’a tout de même drôlement soulagée.

Et puis, il y a eut ce moment de panique autour de moi. J’ai entendu quelqu’un dire qu’il y avait un problème avec les battements de cœur du bébé. La sage-femme a quitté la pièce brutalement, avant de revenir quelques secondes plus tard, entourée de ma gynécologue et de la moitié du service.

J’ai compris que l’instant était critique.

Ma gynécologue s’est plantée en face de moi, elle m’a regardé droit dans les yeux et sa voix est devenue très ferme, impérative. Elle m’a dit :  Vous allez devoir pousser en une seule fois et de toutes vos forces, parce que votre bébé, là, il a besoin d’aide. Il ne respire presque plus (le cordon ombilical s’était enroulé autour de son cou, mais je ne le savais pas à ce moment précis), il faut le faire sortir maintenant. J’ai besoin que vous poussiez de toutes vos forces. Quand je vous le dirai, vous y allez !

Cette phrase, ce ton… J’ai poussé tellement fort, j’ai donné tout ce que j’avais dans les tripes. Et ben je peux vous dire qu’il y en a là-dedans ! Je me rappelle avoir sorti un cri caverneux, rauque, un truc de l’au-delà que je ne peux heureusement pas reproduire dans un état normal. Je me suis entendue hurler comme un Orque dans Le Seigneur des anneaux. En temps normal, je suis plutôt douce et féminine ; là je ne me suis pas reconnue. Ce n’était pas un cri humain. Je me suis dit : Mon dieu, cette voix… C’est moi? Mon mari était tout prêt. J’ai pensé qu’il n’allait plus vouloir de moi après. Plus tard, il m’a avoué qu’effectivement il avait été vraiment impressionné, mais par la force que peut avoir une femme, et qu’il s’était senti bien impuissant.

Enfin, notre fils est arrivé ! Mais là, de nouveau, gros stress : je ne l’entends pas pleurer et je vois la gynéco foncer dans la pièce d’à-côté, avec mon bébé. Toujours pas de pleurs. Ça n’a pas dû durer très longtemps mais cela m’a semblé une éternité. Je me rappelle que je n’arrêtais pas de demander à la fille qui me recousait : Est-ce que mon bébé va bien ?? Elle ne me répondait pas. Et puis j’ai entendu ses pleurs. Mon compagnon a craqué le premier : il a éclaté en larmes. Je n’ai pas tarder à le suivre.

Et les premiers instants avec ton fils ?

Magiques !! Comme on a avait dû lui faire des soins en urgence, je ne l’ai pas vu tout de suite. Mais, je l’entendais ! Ils l’ont gardé un moment. L’attente m’a paru interminable. Et puis, ils nous on dit qu’il nous l’amenait, qu’il allait très bien mais qu’il était en couveuse et que je ne pouvais pas tout de suite le prendre dans mes bras. J’étais un peu déçue, mais c’était pour son bien, alors je me suis rapidement fait une raison. Enfin, j’ai pu le voir, et là j’ai senti mon cœur fondre, je me rappelle m’être dit : C’est bien mon enfant, c’est comme ça que je le voyais. Il est parfait ! Bien sûr il ne l’était pas, mais parfait à mes yeux de maman, cela voulait dire que je le trouvais magnifique comme il était. Les jours suivants, j’ai appelé mes amis, en leur disant que c’était la plus belle chose qui puisse arriver à une femme, que ça changeait tout, que c’était comme un soleil dans la vie. Huit ans plus tard, je le pense encore.

Et le papa dans tout ça ?

Il était très heureux, beaucoup dans l’émotion.

Comment se sont passés les mois suivant ?

Au début, c’était super !!

Mais, très vite, j’ai senti que quelque chose n’allait pas chez moi. Avec les mois, j’étais censée me remettre tout doucement de l’accouchement. Or, le temps passait et je ne reprenais pas de force ; pire j’en perdais de jour en jour, sans que je ne puisse rien y faire. Je voulais, mais mon corps ne suivait pas. Je perdais les commandes. Et puis ça s’est empiré, au point de ne pas toujours tenir sur mes jambes, d’être essoufflée au moindre mouvement, de ne pas pouvoir manger sans être aussitôt malade et d’être obligée de rester allongée une heure ou deux après chaque repas. Je ne pouvais plus faire des activités simples ou même travailler. Autour de moi, les passants, les voitures filaient à grande vitesse. En fait, c’était moi qui tournais au ralenti, luttant contre un truc inconnu qui me terrassait et me tirait tous les jours un peu plus bas, sans que je ne puisse rien y faire. Et j’avais un bébé ! Heureusement, mon mari prenait le relais, la nuit et le soir, après le travail. A l’époque, j’ai vraiment eu l’impression de lutter pour tenir debout et de mener une guerre. Je me battais tous les jours, et seule, parce que les autres ne comprenaient pas ma guerre. Pire, ils me donnaient des avis complètement déconnectés de mon quotidien. Plus ça allait, plus les médecins me disaient qu’ils ne comprenaient pas, que c’était très agressif et que je devais me préparer à une maladie rare et grave. Je les voyais chercher et je les sentais démunis. Je n’avais pas les moyens de lutter contre un ennemi invisible et inconnu. Alors forcément, je me suis écroulée. Mais pas complètement. Mon amour profond pour la vie et pour mon enfant me tenaient. Ça a duré un an et demi. Un an et demi durant lesquels on m’a diagnostiqué tout et n’importe quoi : de la dépression post-partum, des maladies dont je ne me souviens plus le nom, des cancers… J’ai beaucoup pleuré. Fort heureusement, on a fini par trouver le mal dont je souffrais. Depuis, j’ai retrouvé le sourire et la santé !

Qu’est-ce qui a changé chez toi depuis que tu es maman ?

Tout. Je me suis reconnectée à moi-même. Surtout, je sais où se situe l’essentiel pour moi, ce que je dois absolument préserver dans ma vie.

Quelles sont tes valeurs phares dans l’éducation de ton fils ?

La bienveillance, le respect, l’honnêteté.

Ton fils est quelqu’un de très sensible, comment arrives-tu à l’aider au quotidien ?

Je le suis également donc je le comprends et je le soutiens dans ce qu’il est. Je ne bloque pas dessus, sauf quand on me pose la question. (haha!) Bien sûr, quand on est très sensible, on est plus vulnérable parce que l’on ressent les situations et les gens plus fortement que les autres. ça complique parfois la vie, le rapport à soi et aux autres. Mais on est aussi et surtout plus fort (on peut même se transformer en Orque prêt à livrer bataille !), plus riche intérieurement, car on perçoit davantage d’informations, on se pose plus de questions et on est très relié à soi et aux autres. Il faut juste apprivoiser la bête, sans trop se laisser embarquer. Pour cela, il faut en faire quelque chose. Je suis écrivain. L’imaginaire, les émotions ne ferment pas des portes. Ça les ouvre au contraire.

Quel est ton plus beau souvenir avec lui ?

Je n’en ai pas un en particulier.

Qu’est-ce que tu aimes partager avec lui ?

Des choses simples du quotidien : un livre, une promenade dans la nature, un bon repas…

Et un petit deuxième, ça te dirait ?

Oui et non. Parce que j’ai vraiment morflé. Et puis on a notre équilibre tous les trois. On est biens comme ça. Mais j’y pense parfois.

Comment te définirais-tu en tant que mère ?

Je suis une maman heureuse, qui sait qu’être maman c’est aider et aimer son enfant de son mieux, quoiqu’il advienne, avec ce qu’on est. Et que des fois, ben, on est pas terrible et d’autres, on se dit : Là, ma belle, tu assures grave !

Éprouves-tu des difficultés dans ta parentalité?

Bien sûr. Surtout au début, encore plus avec la maladie. Je me rappelle avoir avalé des tonnes de bouquins pour me rassurer, m’être posée un milliards de questions, m’être sentie parfois bien démunie. Je sais que je fais des choses très biens, d’autres moins. Mais je le fais du mieux que je peux, pas plus mal qu’une autre.

Quelles valeurs souhaites-tu transmettre à ton fils ?

Le respect de soi, des autres. Le goût de la vie. L’honnêteté, la gentillesse, le travail (sous toutes ces formes, parce que même à la maison, et ben oui, on travaille !), une certaine liberté. J’aimerais qu’il soit capable de choisir sa vie, d’être fort pour aimer et soutenir ses proches dans les bons moments, mais surtout dans les moments difficiles.

Quel message voudrais-tu faire passer aux parents et futurs parents qui te lisent aujourd’hui ?

Soyez-vous même. De toute manière, il n’y a pas un chemin pour y arriver, mais des centaines. Et votre parcours ne sera pas celui de votre voisin, de Mamie Georgette ou de votre collègue préférée. Et bien souvent on tâtonne. C’est important de s’informer, mais il faut aussi savoir lâcher prise pour se connecter à soi et à son enfant.

Le mot de la fin ?

Il est tard, je vais me coucher ! Haha !

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