Parents z'ordinaires

Aelys nous raconte…

Bonjour à toi ! Merci de venir nous partager ton expérience et ta vision de la parentalité… de ta parentalité ! Allez raconte-nous tout… Qui es-tu ?

Euh, mon pseudo est Aelys, j’ai 40 ans cette année et je suis l’heureuse maman d’un grenouillon de 5 ans et demi. Mariée pendant plus de 8 ans, j’ai longtemps répété que je ne voulais pas d’enfant, et cela, pour plusieurs raisons : mon mari et moi étions des gameurs passionnés et je ne voulais pas élever un enfant qui ne nous aurait vu que de dos, devant nos pc. J’ai aussi eu une enfance compliquée et j’avais très peur de reproduire et de transmettre mes “névroses” à un enfant. Enfin, je trouvais que le monde était très -trop- peuplé et que cette surpopulation posait problème dans notre gestion de notre planète. A 33 ans, mon mari et moi avons divorcé et j’ai rencontré S, mon conjoint, qui avait 34 ans et qui rêvait de devenir papa. Au bout d’une semaine de vie commune, avoir un enfant avec lui me semblait être une évidence. Il m’a proposé un prénom et… c’est celui que nous avons donné à notre fils. Sur le plan pro, je suis conseillère sociale depuis 20 ans et bosse depuis 16 ans dans une asso qui accompagne des personnes SDF ou en situation de grande précarité. 

Comment as-tu appris ta grossesse et quelle a été ta réaction ?

Comme je le disais plus haut, avoir un enfant avec S. est rapidement devenu une évidence. Un an après notre rencontre, j’ai arrêté ma contraception et 1 mois après j’étais enceinte alors que je craignais de devoir attendre des mois… 

Le 14 septembre 2012, soit une semaine après la conception de notre loulou, j’ai commencé à ressentir des signes annonciateurs de grossesse et j’ai compris. J’ai fait une prise de sang le matin, en allant au boulot et à 16h30, lorsque j’ai appelé le labo, j’ai appris que j’étais bien enceinte. Je me souviens d’avoir pris le temps de boire un café avant de passer mon coup de téléphone, en me disant que c’était peut-être le dernier avant une nouvelle qui allait bouleverser ma vie. 🙂

Quand je suis rentrée à la maison, j’ai annoncé la grande nouvelle à mon homme en lui disant “je crois qu’on ira pas au Hellfest (Festival de Metal) l’année prochaine, car on sera certainement en salle d’accouchement.^^”

Comment as-tu vécu ta grossesse ?

Tout s’est très bien passé sur le plan physique, par contre cela a été assez compliqué sur le plan psychologique car mon petit frère et ma belle-soeur venaient de perdre un bébé à 5 mois de grossesse. J’étais donc assez stressée. 

Malgré cela, nous avons continué à vivre et à sortir et j’ai fait environ 1 à 2 concerts de Metal par semaine jusqu’à 3 jours de mon accouchement dont Deep Purple et Rammstein. 

Comment as-tu vécu l’accouchement ?

Très sereinement. Je m’étais préparée et j’en garde un très bon souvenir. J’ai accouché en clinique, le lundi de Pentecôte, avec un sage-homme qui m’a bien accompagnée et mon homme qui m’a énormément soutenue. Après plusieurs heures de contractions supportables, j’ai perdu brutalement les eaux, 15 minutes après être entrée en salle de préparation et tout s’est ensuite enchaîné très vite. J’ai tout de même eu ventouse et épisio mais je n’en garde pas de mauvais souvenir. 

5 heures après, mon Amour et moi, faisions connaissance en échangeant nos premiers regards. 

Comment se sont passés les premiers instant aux côtés de ton fils ?

Le moment de notre rencontre a été magique (je sais ça fait cliché mais c’est vrai). L’équipe qui s’est occupée de nous, nous a laissé profiter en peau à peau pendant 2h avant de nous monter en chambre. La puéricultrice qui nous a emmenés était extra et m’a proposé de prendre mon loulou en cododo dans mon lit. 

Les jours suivants ont été plus compliqués, mon zouave ayant beaucoup de mal à téter… une partie de l’équipe ne me soutenant pas dans mon choix de l’allaiter malgré tout et j’ai beaucoup galéré.

Une sage-femme m’a tout de même montré des gestes simples pour tirer mon colostrum et je m’en sortais pas mal mais le 2ème jour, à 6h du mat, alors que loulou avait dormi toute la nuit, j’ai appelé une puer pour qu’elle me donne un coup de main et ça a été l’horreur ! Elle m’a crié dessus en me disant que mon bébé était un petit poids, que je n’aurais pas dû le laisser dormir, que je voulais le laisser mourir de faim et elle me l’a enlevé en me disant “je vais le supplémenter puisque vous ne vous en sortez pas”. Réveillé par les cris, mon conjoint m’a vu en pleurs et est parti en courant, pieds nus et torse nu, pour récupérer notre fils. Il est revenu avec dans ses bras et j’ai mis 1h à me calmer et à oser le reprendre. La chef des sages-femmes qui m’a suivie durant ma grossesse est venue s’excuser dans la foulée et m’a fait livrer un tire-lait… 

Et le père dans tout ça ?

Il s’est montré très protecteur vis à vis de notre petit bonhomme et n’arrêtait pas de répéter “c’est que du bonheur”.

Comment as-tu connu le maternage et la parentalité bienveillante ?

En faisant des recherches, en lisant beaucoup, en cherchant d’autres modes éducatifs mais aussi en écoutant mon instinct et en m’adaptant à mon enfant. Bébé RGO (reflux gastro-œsophagien), il a eu besoin d’être porté au maximum et nous avons pratiqué (et pratiquons encore souvent) le cododo, malgré les mises en garde de ma mère (infirmière). 

Voulais-tu te diriger vers cette parentalité avant même d’être enceinte ?

Pas du tout. J’ai reçu une éducation traditionnelle très stricte avec beaucoup de VEO (Violences Educatives Ordinaires) et je faisais malheureusement parti des personnes qui pensaient qu’un enfant doit être cadré et que parfois la fessée était la seule façon de le faire obéir. 

Quand j’ai appris que j’étais enceinte, j’ai commencé à m’interroger sur ce que je voulais pour mon futur enfant. Ma grossesse a aussi réveillé beaucoup de choses douloureuses de mon enfance et j’ai eu envie de faire différemment de ce que mes parents avaient fait. 

Quand loulou est né, quand je l’ai senti posé sur moi et quand il m’a regardée pour la première fois, je lui ai fait la promesse de l’accompagner de façon bienveillante et de l’aimer de façon inconditionnelle.

J’ ai commencé à assister à des conférences et à dévorer les livres de Filliozat, Gueguen, Faber et Mazlish, Gordon…. Puis, à force de cheminer, j’ai créé ma page “Aime comme Maman” pour partager ce qui est devenu une de mes passions. 

Penses-tu que cette nouvelle vision de l’enfant a également changé ta vision du monde ?

Certainement ! Je suis devenue plus à l’écoute et j’essaye de regarder les autres avec bienveillance. J’ai aussi appris à lâcher prise, à penser positif et à regarder le monde avec tendresse. Déjà très impliquée auprès des animaux et de la planète avant ma grossesse, j’essaye petit à petit d’adopter des comportements plus responsables, notamment en limitant au maximum ma consommation de viande et en réduisant mon impact écologique. 

Comment te définirais-tu aujourd’hui en tant que mère ?

Je me sens très animale, genre “mère louve”. Celui qui fait du mal à mon enfant a intérêt à courir vite parce que je ne réponds pas de mes actes !

Mon conjoint et moi avons d’ailleurs souvent des points de frictions car il aurait tendance à penser qu’une éducation traditionnelle fonctionnerait mieux mais je sors les griffes. 

Mon loulou et moi étant “zèbres” (HP – haut potentiel intellectuel), nous sommes souvent sur la même longueur d’ondes et je pense être une maman très complice. 

Pensais-tu que tu serais cette mère-là ?

Absolument pas. Déjà je ne pensais pas être mère donc non. Je craignais tellement de reproduire mon enfance….

Décris-nous ce qu’est pour toi la mère parfaite…

Pour moi, la mère parfaite n’existe pas et heureusement car je pense que cela serait extrêmement néfaste et difficile à vivre pour les enfants. Comme le dit Winnicott, j’essaye d’être une mère suffisamment bonne et de m’améliorer chaque jour. Pour moi, une “bonne” mère doit être à l’écoute de son enfant et de ses émotions. Elle doit l’accompagner sans vouloir le modeler à son image, en le respectant en tant qu’individu à part entière. Elle doit accepter de remettre chaque jour ses certitudes en question et être prête à grandir en même temps que son enfant. 

Quelles valeurs phares voudrais-tu transmettre à ton fils ?

Les valeurs qui me semblent les plus importantes à transmettre aux enfants sont la tolérance, l’empathie, la non violence et le respect de l’autre, de l’animal, de la planète… vaste programme ^^.

Raconte-nous ton plus beau souvenir avec lui…

J’en ai beaucoup… je pense que notre premier regard reste un de mes plus beaux souvenirs et j’espère le garder dans ma mémoire jusqu’à ma mort. 

Après j’ai des petits bonheurs dont j’aime me souvenir. Son premier concert Metal avec nous et son regard émerveillé devant la batterie.

La fois où il a donné son sandwich à une petite rom qui faisait la manche avec sa maman… 

Lorsqu’il m’a accompagnée au boulot et qu’il était très fier de distribuer leur courrier aux sdf domiciliés dans notre asso….

Quel(s) message(s) voudrais-tu faire passer aux parents et futurs parents qui te lisent ?

Devenir parent est une aventure. Un vrai tsunami qui peut tout balayer sur son passage : vie de couple, carrière, passions… mais c’est une expérience magnifique. 

Etre parent n’est pas de tout repos. L’entourage a souvent son avis sur tout et il est parfois difficile de tenir le cap que l’on s’est fixé. 

Avoir des enfants bouleverse toutes les certitudes. C’est épanouissant mais parfois épuisant et on peut avoir des moments de doute et de découragement. C’est humain et c’est normal. N’hésitez pas à demander de l’aide. Entourez vous de gens qui vous accompagnent sans jugement et avec bienveillance. Faites vous confiance et surtout faites confiance à votre enfance : il vous prendra par la main.

Souhaites-tu rajouter un dernier mot?

J’ajouterais que dans notre pays, on informe les futurs parents sur le déroulement de la grossesse, de l’accouchement mais on ne donne aucune information sur ce que c’est “être parent”. Les “cours” de préparation à l’accouchement nous expliquent comment nous devons pousser et respirer pour accoucher de façon “médicale” mais jamais on ne nous explique à quel point il peut être déstabilisant de devenir parent. 

Maman d’un bébé RGO, j’ai du me battre pour que le corps médical accepte de me prendre au sérieux et soigne mon enfant. Je me suis heurtée à des réflexions du style “c’est vous qui le stressez, un enfant ça pleure”. Je me suis retrouvée des heures et des nuits entières avec mon bébé en train de hurler en porte-bébé, avec des connaissances qui me conseillaient de le laisser pleurer au risque d’en faire un tyran. 

Je me suis endormie au boulot après une énième nuit sans sommeil…

Notre couple en a pris un coup et moi aussi. 

Aujourd’hui, après 4 ans et demi de réveils nocturnes, notre zouave dort depuis janvier ! C’est un petit bonhomme en pleine forme, heureux de vivre et hyper autonome. J’ai réussi à tenir bon et à ne jamais sombrer dans la violence et j’en suis fière. Mais je pense que si nous avions eu une formation à la parentalité bienveillante au lieu des cours d’accouchement, nous y aurions laissé moins de plumes. 

A quand un vrai accompagnement des parents et futurs parents ?

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