Education en Réflexions

On a enfin trouvé la recette pour être un parent parfait!

C’est inouï, c’est incroyable, que dis-je ! C’est fabuleux ! Après toutes ces années de recherches en psychologie, neurologie, pédagogie, physiologie, médecine occidentale et chinoise, sociologie, psychiatrie, pédiatrie, parentologie… On la tient ! LA RECETTE pour être le parent parfait !! Celui qui ne nuira jamais à ses enfants ni à lui-même, celui qui, grâce à son incroyable talent, révélera le potentiel de ses enfants et leur amènera du bonheur aujourd’hui, demain et pour toujours !

Et c’est moi, mesdames z’et messieurs, qui ai l’honneur de vous la partager en avant-première mondiale ! Je suis émue… Mais je ne vous fais plus attendre :

Ingrédients :

– 1L de lait (maternel évidemment, on n’est pas des sauvages!!)

– 450 gr d’amour inconditionnel et dévoué pour toujours-à-jamais

– 184 gr de patience

– 10 cuillères de Montessori

– Un sachet de Filliozat

– Une courgette Bio

– Un pincée de conseil de votre grand-mère hippie (si vous n’avez pas de grand-mère hippie, votre homéopathe fera l’affaire…)

– Une gousse de confiance

– Un soupçon d’autorité

– Un paquet d’humour (environ 125 gr)

– 0,5 L d’empathie de la marque Ecoute-Bienveillante-et-Légère

Mélangez les différents ingrédients dans l’ordre, tout doucement dans un grand saladier en verre. Une fois le mélange devenu homogène, passez-le dans le mixeur jusqu’à obtention d’une pâte colorée (généralement, cela se présente sous forme d’arc-en-ciel). Appliquez à même la peau. Salez, poivrez. Vous deviendrez bientôt le parent parfait !!

Oups…

Désolée, non, je crois que vous l’aurez compris, la recette magique pour être un parent parfait n’existe pas. Pourquoi ? Mais tout simplement parce que le parent parfait n’existe pas ! Et tant mieux…Et oui… Je pense que la perfection n’est en réalité pas souhaitable.

Si on reprend la définition du mot « parfait », on retrouve la notion d’être « sans défaut, sans reproche ». Un parent parfait serait alors une sorte de personne hybride mi-humain, mi-dieu, mi-bisounours… Attendez une minute… On me dit dans mon oreillette que les dieux aussi ont des défauts… Zut de crotte !! Quoi ?? Les bisounours aussi ? Alors là, je rends mon tablier…

Plus sérieusement, je pense sincèrement que l’objectif de la perfection ne laisse pas de place au « soi » du parent, à son identité réelle, à ce qu’il est dans son ensemble et qui fait de lui une personne unique et aimable. Il pourra jouer le rôle du parent parfait, mais qu’en sera-t-il de son estime de soi ? De sa personnalité reléguée au second plan ? Et lorsqu’il fera des erreurs, des écarts à ce but inatteignable, quel goût aura-t-il en bouche ? Amer, tout au moins. Cela pourrait même devenir totalement indigeste. Et tellement douloureux…

Et puis, la perfection ne laisse pas de place à l’autre. Plus précisément aux erreurs et « défauts » des autres. Nous savons que l’enfant se construit en observant ses parents. Pas facile de se bâtir une estime de soi solide face à une personne sans défaut, non ? Et comment accepter ses erreurs ?

Les parents d’aujourd’hui ont accès à diverses sources d’informations relatives à la psychologie de l’enfant et à son développement. Des bouquins fleurissent un peu partout, des blogs parentaux, des émissions, des magazines… Et c’est génial qu’ils puissent s’emparer de tout cela pour faire évoluer le mode éducatif qu’ils ont reçu, que la société nous a donné, et qui ne correspond que trop peu avec les réels besoins des enfants. Le revers de cette histoire, c’est qu’on peut vite avoir l’impression qu’il existe des méthodes miracles pour élever un petit d’homme. Qu’il existe un modèle parental qui soit le bon. Et on tente coûte que coûte d’être cet idéal.

Croyez-moi, je m’y suis moi-même laissée prendre… A la naissance de ma fille, et avec comme bagages mes années d’études d’éducatrice entre psycho et pédagogie, je suis tombée dans le piège. Je n’avais pas le droit à l’erreur, puisque je « savais ». Puisqu’avec les enfants des autres j’y arrivais très bien. La première fois que j’ai agi avec mon bébé différemment de ce que j’aurais voulu, j’ai été très en colère contre moi-même, cela a été assez dur à vivre. Et puis j’ai pris du recul : j’étais en train de vivre ce qu’un grand nombre de parents m’avait déjà confié. Ce pourquoi il est difficile d’être un parent conscient, un parent qui croit en la bienveillance et qui s’y atèle.

Il est difficile de faire le deuil du parent parfait que l’on souhaiterait être. La parentalité est un chemin, un cheminement. Nous apprenons, nous lisons, nous réfléchissons, nous échangeons, nous évoluons. Souvent, ce sont nos enfants qui nous montrent la voie. En fin de compte, nous faisons ce qui nous est possible à l’instant T, avec ce que nous sommes, ce vers quoi nous tendons, et là d’où nous venons.

Et finalement, si on réfléchit bien… Cette histoire de parents parfaits, n’est-ce pas une manière déguisée d’avoir des enfants parfaits, alors que consciemment, tout ce qu’on voudrait c’est justement ne pas brider leur personnalité ? Aïe… foutue société de la concurrence, de la compétition, du toujours plus… Décidément, même quand on essaie de se défaire de toi et des automatismes que tu nous as imposés, tu nous colles aux baskets…

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