Education en Réflexions

Lui apprendre à s’aimer

 

Chaque parent veut le meilleur pour son enfant. Évidemment, « le meilleur » ne prend pas la même définition suivant les cultures familiales. Cela peut revêtir un aspect matériel ou psychologique, parfois symbolique, avec une vision plus ou moins lointaine du moment présent. Une façon d’être, une vision du monde.

Mais si je fais converger tous les témoignages de parents que j’ai pu entendre çà et là, il y a une notion qui est au centre de tout, fondement et point de départ de l’éducation que chacun souhaite donner à son petit : le bonheur. Le bonheur de l’enfant et aussi de l’adulte qu’il sera.

Qu’est-ce que le bonheur ? Aïe aïe aïe ! Vaste débat philosophique ! Je ne vais pas épiloguer là-dessus, rassurez-vous ! Il y a juste ce petit point qui me semble être la base de tout :

L’estime de soi.

On confond souvent estime de soi et confiance en soi, qui sont pourtant deux notions différentes, bien que fortement liées.

L’estime de soi, c’est la valeur que l’on s’accorde à soi-même. C’est l’opinion que nous avons de nos actes et nos pensées, le jugement que nous portons sur notre être entier. Suis-je quelqu’un de bien ? Est-ce que je suis quelqu’un qu’on peut aimer ? Est-ce que je mérite le bonheur ?

La confiance en soi, c’est reconnaître ses capacités, ses potentiels et ses limites. C’est donc se connaître d’une manière « objective » en quelque sorte. Est-ce que je suis capable de faire cela ? Comment pourrais-je atteindre cet objectif ? Je ne suis pas encore apte à faire cela aujourd’hui, mais j’y arriverai quand j’aurai pu m’entraîner.

Nous voyons donc ici que la notion d’estime de soi repose sur l’être, alors que la confiance en soi repose plus sur l’agir. Aussi, quelqu’un peut avoir une mauvaise estime de soi mais une bonne confiance en soi. Ce serait le cas par exemple d’une personne qui penserait tout au fond d’elle même qu’elle ne mérite pas le bonheur, mais qui sait qu’elle est capable de décrocher le job auquel elle postule. A l’inverse, une personne peut avoir une très bonne estime de soi et une confiance en elle erronée. Un personne peut par exemple penser qu’elle peut tout réussir, ne connaissant pas ses limites.

Comme je le disais plus haut, je pense que l’estime de soi est un terreau essentiel pour le bonheur : une personne qui penserait n’avoir aucune valeur ne s’accorderait pas le droit d’être heureuse. Beaucoup de pédagogues, de psychologues et autres spécialistes de l’enfance comme l’excellente Catherine Gueguen s’accordent à dire que l’estime de soi est d’abord donnée par les autres. C’est l’image de soi renvoyée par les autres qui se fige dans l’esprit de l’enfant. En premier lieu, les parents et autres adultes de référence pour l’enfant (Grand-parents, nounous, maître.sse.s, proches, etc), puis par les copains, les autres enfants, la société.

Pour développer une bonne estime de soi, l’enfant doit sentir qu’il est un être unique, avec une grande valeur pour les personnes auxquelles il tient. Il doit se sentir aimé, respecté et protégé. Et c’est là que l’éducation vient parfois égratigner, fissurer, fragiliser l’image de soi. Nous aimons évidemment nos enfants, mais il nous arrive malheureusement de poser des actes qui semblent indiquer le contraire. Punitions, cris, mots blessants, châtiments corporels… Des actes se voulant éducatifs, « pour le bien » de l’enfant, faits avec amour. Si on se place du point de vue de l’enfant, ils peuvent pourtant être destructeurs. « Si ma mère, que j’aime plus que tout au monde me dit que je suis méchant, c’est que je le suis » « Pourquoi mes parents me crient dessus comme ça ? j’ai peur, je dois être une bien mauvaise personne. » « Papa ne veut jamais m’écouter. Il ne m’aime pas beaucoup ».

Voici ce qu’on appelle les Violences Éducatives Ordinaires (VEO). Ces violences sont insidieuses et se perpétuent depuis des générations sous couvert d’éducation. Lorsqu’elles sont fréquentes, elles ne permettent pas à l’enfant de développer une bonne estime de soi, puisqu’elles lui font sentir qu’il n’est pas une bonne personne, qu’il n’a pas autant de valeur qu’un adulte, que ses paroles et ses réflexions ne méritent pas d’être prises en compte, qu’on ne peut l’aimer qu’à condition de correspondre à des critères fixés par des personnes extérieures.

Les VEO vont donc à l’encontre de ce que veulent tous les parents pour leur petit : la construction du bonheur. Apprendre à l’enfant à s’aimer, cela passe avant tout par le fait de le respecter et de lui montrer qu’il est une personne qui mérite d’être aimée.

Et si nous gardions cela en tête pour éduquer nos enfants ?

Et si on leur montrait que l’amour n’a rien à voir avec la violence, les cris et les dévalorisation ?

Et si nous les éduquions au bonheur ?

2 thoughts on “Lui apprendre à s’aimer”

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