Education en Réflexions

L’adultisme ou la loi du plus fort

Nous sommes aujourd’hui de plus en plus nombreux à vouloir une société plus équitable. Nous voulons combattre le racisme, les inégalités, les discriminations. Nous ne voulons plus de ce modèle qui repose sur la loi du plus fort, de celui qui a le pouvoir et qui écrase le reste du monde.

Nous sommes de plus en plus nombreux, mais au final, les choses ne bougent pas autant qu’on aimerait. Nous espérions un monde meilleur pour élever nos enfants. Et puis finalement notre espoir, c’est eux… Et si c’était par eux que tout allait changer ?

Reprenons… Qu’est-ce qui a bien pu nous faire croire, ancrer en nous aussi profondément l’idée que « le plus fort » a tous les droits sur « le plus faible », à tel point que notre société n’arrive que très pauvrement à soutenir et protéger les personnes qui en auraient besoin ? Serait-ce quelque chose que chacun de nous aurait vécu ?

Mmmmhhh… Tiens, tiens, tiens…

Eurêka ! Ladultisme !

Alors, l’adultisme, c’est un mot qui fait classe, mais qu’est-ce que c’est exactement ?

Pour l’expliquer, je la rapprocherais de la notion d’âgisme qu’on entend ça et là depuis quelque temps. « Le terme âgisme désigne une attitude ou un comportement de discrimination et de ségrégation, de mépris ou de dépréciation envers un individu ou un groupe d’individus en raison de leur âge. » (source : toupie.org) En gros, dans la représentation commune, c’est ce qui fait dire à la majorité des gens qu’un jeune de 20 ans « c’est pas sérieux et un peu inconscient ». Qu’un gars de la soixantaine, c’est un « vieux con conservateur ». Qu’une quinquagénaire est « trop vieille pour trouver du travail ». Enfin bref, vous l’aurez compris trop jeune c’est pas bien, trop vieux c’est pire…

L’adultisme est une notion encore trop peu connue qui se rapporte tout à fait à l’âgisme, mais directement liée à l’enfance. C’est le fait de croire qu’un adulte est supérieur à l’enfant, plus respectable, plus important. Que ses besoins sont plus sérieux, que ses envies sont plus raisonnables. C’est ce qui fait aussi qu’il n’est pas choquant de voir un enfant être frappé par son parent, alors qu’il est impensable de voir l’inverse.

Sous couvert d’éducation, l’adulte prend un pouvoir sur l’enfant. Il peut punir, priver, dévaloriser, humilier, menacer, frapper. Il peut hausser le ton, parler plus fort, faire peur. Il peut décider sans demander l’avis de la personne concernée, sans prendre en compte ses besoins. Le tout sans jamais avoir le sentiment de faire du mal à son enfant, puisqu’il le fait « pour son bien ». Puisqu’il a lui-même été traité comme cela. Puisque c’est comme cela que la société traite les enfants.

Imaginez deux secondes qu’un groupe de personnes adultes soit traité de la même manière. On pourrait crier haut et fort à l’oppression ! On imaginerait tout à fait le mal causé à ces personnes, les dommages qu’elles auraient subis. Pour les enfants, nous ne le reconnaissons pas encore, ou si peu !

Pourtant, ces oppressions et ces violences dites éducatives sont quotidiennes pour eux. Le comportement de l’adulte s’ancre en eux, s’imprime au plus profond d’eux-même comme ceci :  « Le grand domine le plus petit » « Le plus fort a tous les droits sur le plus faible » « L’un a le pouvoir, les autres n’ont pas d’importance ».

L’éducation n’est pas une question de pouvoir. Éduquer vient du latin « ex-ducere », qui signifie « guider, conduire hors de ». Je pense qu’aujourd’hui, nous devons nous rapprocher de ce sens premier dans la relation que nous avons avec les enfants. Nous, adultes, parents, devons les accompagner sur leur chemin de vie. De leur vie.

Nous sommes responsables de nos enfants jusqu’à leur majorité légale, mais leur vie ne nous appartient pas.

Nous sommes responsables, cela signifie que nous avons le devoir de subvenir à leurs besoins. Et l’un des plus grands besoins fondamentaux de tout être humain est le respect. Un enfant a besoin d’être respec, il a besoin d’être traité avec dignité. Je dirais même plus : c’est un de ses droits universels.

Et si on faisait en sorte que les enfants puissent profiter pleinement de leur enfance au lieu de souhaiter devenir vite adulte pour ne plus être dominés ? Et si on faisait en sorte que l’âge adulte ne rime plus avec domination ? Et si on donnait un autre modèle que la loi du plus fort? Et si on faisait en sorte que tous les humains soient égaux ?

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