Education en Réflexions

Faut-il apprendre la politesse aux enfants?

Ah là là… La politesse ! Cette notion si chère aux anciens… Il paraît que les jeunes d’aujourd’hui ne la connaissent plus, cette politesse… Qu’elle est partie se faire la malle avec son copain le respect. C’est vrai qu’étant enfant, on ne comprend pas toujours très bien cette notion et les obligations qui en découlent, parfois bizarres ou totalement farfelus ! Et pourtant elle devient une incontournable bataille quotidienne lorsqu’on devient parent. Forcément… puisqu’un enfant bien éduqué est un enfant poli, tout le monde le sait.

Poli. Poli ? Tiens tiens, attardons-nous un peu sur ce mot aussi doux à l’oreille qu’au toucher.

Impossible de ne pas faire le rapprochement entre l’adjectif  “poli” et son homonyme le participe passé du verbe polir. Les deux mots, ainsi que le mot “politesse” lui-même, viennent du latin « politus » qui signifie uni, lisse, sans aspérité. Cette racine commune n’est évidemment pas le fruit du hasard.

Être poli, c’est faire bon usage de règles sociales instaurées dans une société donnée : ces règles diffèrent d’une culture à une autre et ne sont donc pas universellement valables. Un petit exemple qui m’amusait beaucoup lorsque j’étais enfant… Au Tibet, les gens se saluent en se tirant la langue. On sait que chez nous, se tirer la langue est non seulement très impoli, mais est une manière de montrer ouvertement son irrespect. Autre exemple assez connu : dans certains pays arabes ou d’Asie, roter à la fin du repas signifie que l’on a bien mangé. Essayez-donc chez tata Jeannette, vous m’en direz des nouvelle… Au Japon, il est de coutume d’arriver en retard lorsqu’on est invité à dîner, alors qu’en France, la ponctualité est une des premières politesse envers son hôte.

Être poli, c’est donc « se polir » jusqu’à être bien lisse, pour que nos aspérités ne soient plus visibles par les autres, en société. Vous êtes de mauvaise humeur et préféreriez vous cloîtrer dans votre chambre plutôt que de participer au repas en famille ? La politesse vous invite à sourire et venir manger avec tout le monde. Vous croisez quelqu’un que vous ne portez pas dans votre cœur ? Vous aimeriez faire demi-tour plutôt que de le croiser, néanmoins la politesse vous amène à lui dire bonjour, en souriant. Vous n’êtes pas tactile, mais par politesse, vous faites la bise aux personnes proches pour leur dire bonjour. Le dessert n’était pas à votre goût ? Pourtant, la politesse vous impose de faire remarquer à votre hôte que ce gâteau était très bon, mais que, vraiment, vous n’avez plus faim pour une deuxième part. Sans nul doute, vous êtes bien « poli », vous n’êtes absolument plus rugueux ou piquant au toucher, comme peuvent l’être ces enfants mal élevés.

Par ces comportement sociaux appris dès notre plus jeune âge, nous nous éloignons bien souvent des objectifs originels de la politesse : exprimer de la reconnaissance à autrui, montrer à la personne que nous le considérons comme un individu à part entière, ayant des sentiments. Montrer le respect que nous avons pour elle.

En fait, la politesse s’axe sur la forme du message, et non sur le fond. Elle s’axe sur l’apparence, sur le paraître, mais ne reflète pas forcément un réel respect. Ce dernier s’ancre dans le fond du message, et non sur la forme. Par exemple, il est possible -et assez facile de surcroît- de vouvoyer son patron par signe conventionnel de respect sans pour autant le respecter en tant que personne ni dans son travail. Il est également fréquent d’oublier de dire merci à quelqu’un que l’on respecte et estime pourtant énormément.

J’observe régulièrement comment les parents et les professionnels tentent d’apprendre la politesse aux enfants. De la même manière que nous l’avons apprise lorsque nous étions enfants… Cela raisonne en moi comme une sorte de dressage. On ne lâche pas un objet avant que l’enfant ait dit un « merci » bien audible. On oblige à dire bonjour, voire à faire un bisou. On ne comprend pas une demande tant que le « mot magique » n’a pas été prononcé. On coupe la parole pour expliquer qu’on ne doit pas couper la parole… Autant d’actes posés qui déconnectent complètement l’objectif et la demande, le respect et la politesse.

Je crois que le respect ne peut s’apprendre que par mimétisme. Si un adulte utilise les règles de la politesse avec un enfant, avec pour fond un réel respect pour sa personne, alors l’enfant apprendra à en faire de même avec les autres. Si la politesse n’est qu’une mise en forme lorsqu’on s’adresse à lui, alors il reproduira ces mêmes comportements sociaux. Si la politesse lui est demandée, mais qu’elle n’est pas utilisée envers lui, alors il l’appliquera par soumission. Il n’en comprendra pas les enjeux, ceux-là même que nous souhaitons pourtant lui transmettre.

Je crois que la question que nous devons nous poser est celle-là :

Que voulons-vous apprendre à nos enfants ?

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *