Education en Réflexions

Et si offrir des jouets à ses enfants était un acte militant ?

« Ah maintenant, les gosses, des jouets, ils en ont trop… Ils sont trop gâtés ! Ils en ont plein la chambre et ils ne jouent pas avec… On en avait pas autant quand on était petit ! »

Je parie que vous avez tous entendu cette phrase, avec un bon goût de « c’était mieux avant », non ? Et parfois même, vous le pensez, vous aussi… Pas vrai ?

Le débat sur le nombre de jouets est largement abordé en famille, avec les copains, et même dans les magazines… Je ne vous inviterai pas à réfléchir sur ce sujet-là aujourd’hui car je pense que vous l’avez tous déjà fait, et que vous en avez tiré vos propres conclusions.

Ce qui m’intéresse ici, c’est un message lié mais un poil différent : et si offrir des jouets à ses enfants était un acte militant ? Et si on pouvait changer leur vision du monde par le biais de ce qu’on leur donne pour jouer ? Et si on consommait de manière plus responsable pour les jouets aussi ?

Jouer plus en consommant moins et mieux… C’est possible ! Et pas si compliqué en fait ! Pour celui qui achète, cela demande sûrement plus de temps, plus de réflexion, moins d’achat compulsif…

Osons choisir les matières ! Encore beaucoup de jouets sont composés de matières plastiques aussi cracras pour nos bambins que pour notre belle planète. On peut se fier à certains labels garantissant moins de produits chimiques, plus de responsabilité dans les choix des matières premières (ex : NF Environnement, Spiel Gut, Oeko Tex, Oko test, Nordic Ecolabel… ). On peut également opter pour le plus de matières naturelles possible, comme le bois, le coton, la laine… (et le must, c’est quand ces matières sont brutes, sans peinture, sans vernis etc.) En plus, ces jouets sont généralement plus beaux et plus solides ! Alors, oui, ils sont également plus chers, et on en revient au début de l’article : acheter moins de jouets, mais de meilleure qualité est aussi un acte militant! Hihi !

Osons acheter d’occasion ! Ça marche au coup de cœur en faisant les puces ou bien en recherchant un objet bien précis sur les nombreux sites de vente entre particuliers… On peut également se rendre dans un dépôt-vente près de chez nous et en profiter pour discuter un peu avec la personne qui nous y accueille ! Bref, acheter des jouets d’occasion, c’est faire du bien à son porte-monnaie et à la planète. Et c’est aussi échanger son argent contre un bien avec une personne réelle, et non avec une multi-nationale dont on ne sait rien et qui exploite peut-être (sans doute…) des personnes dans un pays plus ou moins lointain. C’est donc un moyen de lutte contre le productivisme.

Osons… laisser jouer nos enfants avec « trois fois rien ». Des bouts de ficelles, des boîtes de récup’, des bâtons, des cailloux, des glands, des pots de yaourt, des feuilles, de la terre… Ces petits « pas grand chose » -qu’ils soient naturels ou de récupération d’objets- n’ont ni but, ni fonction désignée, ni utilité précise… Et c’est là le meilleur moyen pour que la créativité et l’imagination des enfants rentrent en scène ! Cela leur laisse un potentiel assez incroyable de jeux à créer, inventer, découvrir… Un de mes meilleurs souvenirs de jeu quand j’étais gamine: les jours de pluie à l’école. La cour était en sable, et en cas de pluie devenait un immense terrain de boue… Et à chaque fois, nous nous retrouvions tous (ou presque) ensemble pour construire un énoooooorme Château de Boue, qui occupait une très grande partie de la cour. Il y avait de tout, sorti de l’imagination de chacun d’entre nous : des ponts, des drapeaux de feuilles, des tours décorées avec des cailloux, des grilles en bâtons, des douves où coulait l’eau des flaques que nous avions déviée par un système de canaux, des remparts à n’en plus finir… Une merveille ! A voir, et à vivre !

Osons limiter les jouets électroniques ! Déjà, parce que c’est super polluant, que c’est en général fabriqué dans des conditions humaines déplorables, que souvent ça marche à pile. Parce que ça fait du bruit et que ça finit par nous énerver, il faut bien l’avouer. Parce que ça peut rendre nos petits accros. Et parce que si on s’écoute vraiment, ces machins-là finiraient leurs jours dans un placard, tout au fond, cachés sous de grandes couvertures. Mais surtout, surtout… Parce que la plupart de ces engins sont néfastes pour le développement de nos enfants lorsqu’ils sont utilisés de manière trop fréquentes. Aïe, ça y est, je l’ai dit… Le problème des jouets électroniques, c’est qu’ils ne permettent pas à l’enfant de jouer : ils jouent à la place de l’enfant. Ça roule tout seul, ça parle tout seul, ça rigole tout seul (d’ailleurs, c’est un peu flippant, non??)… Et l’enfant dans tout ça ? Il regarde. Il est passif. Le principe même du jeu, les bienfaits relatifs au fait de jouer s’envolent. Alors, quand c’est de temps en temps, évidemment, ce n’est pas grave ! Cela peut amener un peu de joie, cela peut faire rigoler. Mais lorsque c’est trop fréquent, je pense que cela devient réellement dommageable pour l’enfant. Le « temps passif » devant cet objet électronique sera du temps qu’il ne passera pas à développer son imaginaire, ses capacités de réflexion, ses capacités d’analyse, son langage, sa motricité et son ouverture vers l’autre. Contrairement à ce qui est indiqué sur les boîtes (oups… le marketing nous ment !) les jouets électroniques ne sont pas « éducatifs ». Même si je ne sais quel lapin parle trois langues à votre tout-petit, cela ne lui permettra pas de se familiariser avec les langues étrangères. Il faut des voix humaines pour cela. Des vraies voix, avec des vrais gens qui sont vraiment près de lui, et qui lui parlent vraiment à lui (ou qui lui chantent des chansons!). Et j’en profite pour rappeler que l’utilisation d’écrans -quels qu’ils soient- est totalement déconseillée avant 3 ans. Bref, la question qu’on peut donc se poser sur ces jouets c’est : avons-nous envie de rendre nos enfants passifs de leurs jeux… donc de leur vie ?

Osons les jeux coopératifs ! Bah oui ! Parce que la compétition, gagner sur l’autre, prendre le pouvoir, avoir récolté le plus d’argent ou le plus de points, tout ça… C’est pas obligatoire ! Et si vous vous rendez dans un magasin de jeux indépendant, je suis sûre que les vendeurs se feront un plaisir de vous en conseiller quelques-uns ! C’est un marché qui se développe pas mal en ce moment, et c’est tant mieux !

Osons dire NON au sexisme ! Parce que y’en a marre des jouets roses pour les filles et bleus pour les garçons ! D’ailleurs, connaissez-vous ce qu’on appelle la taxe rose ? C’est tout simple : un jouet bleu, pour les « p’tits durs » et le même jouet, mais de couleur rose, pour les « p’tites princesses ». Le jouet a exactement les mêmes caractéristiques à part la couleur… Mais devinez quoi ? Le rose est plus cher !! On nous prend vraiment pour des jambons !

Évidemment, chaque garçon devrait avoir le droit de jouer à la poupée, car il y trouve le même intérêt que les filles : s’occuper d’un bébé, reproduire les gestes qui ont été faits envers lui depuis sa naissance, se projeter, etc. Et bien sûr que les filles devraient avoir le droit de jouer aux Meccano et ne pas se cantonner à la dînette et au balai ! Alors pour lutter contre les jouets genrés, peut être pourrions-nous essayer de trouver des couleurs neutres pour nos enfants ? Bien sûr, ce n’est pas facile… mais c’est faisable! Et puis ne nous cantonnons pas aux stéréotypes : chaque jouet peut être utilisé indifféremment par une fille ou un garçon. Pourquoi ne pas essayer de limiter le matériel sexiste ? Du genre les poupées-mannequins avec gros seins, robe sexy et maquillage épais, dont la seule ambition est d’avoir toujours plus de fringues. Ou bien les grands militaires tout pleins de muscles, dont les guns sont de plus en plus gros et qui ne rêve que d’une chose : tirer. Essayons de trouver des alternatives ! Et surtout, ne laissons pas le marketing définir les intérêts et la personnalité de nos enfants ! Ne les laissons pas influencer leur devenir !

Enfin… Osons laisser nos enfants jouer pour le plaisir… Un jouet est un outil de jeu et de développement pour l’enfant. Il n’est pas une récompense. Il n’est pas éducatif en soi, mais seulement en ce que l’enfant va investir, mettre en œuvre par son biais. Les jouets ne sont pas magiques. Ce sont l’enfant et son goût pour la vie qui le sont.

Alors, vous avez compris où je veux en venir ? Être militant en offrant des jouets à ses enfants, c’est simplement se poser (encore une fois) cette question :

Que voulons-nous vraiment pour nos enfants ?

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