Education en Réflexions

Des fessées et des hommes

Après une récente et énième discussion au sujet de la fessée et des châtiments corporels, il m’est apparu ceci : les personnes -parents ou non- qui défendent becs et ongles le droit de donner une « bonne claque éducative » ne semblent pas considérer pas l’enfant comme une personne à part entière, ayant des droits, une personne égale à toute autre personne, un être humain quoi.

Jusqu’ici, je n’arrivais pas à suivre le cheminement de leur pensée. Je savais bien qu’en ayant été frappé soi-même, il est difficile de remettre en question l’éducation qu’on a reçue. Que la tendance va à reproduire ce que nous avons vécu étant enfant, etc. Mais il y a mettre des fessées parce qu’on ne sait pas faire autrement, parce qu’on n’arrive pas à faire autrement. Et il y a revendiquer la fessée comme nécessaire à l’éducation, comme acte éducatif plein de sens. Il me manquait un truc pour comprendre ce dernier point…

Alors bien sûr, il y a tout un argumentaire…

« J’ai pris des claques et je vais bien » Grâce aux claques, vraiment? Parce que moi j’en ai pris aussi, et je suis pas sûre que ce soit la partie de ma vie qui m’ait vraiment aidée à me sentir bien . Bizarre.

« Faut pas confondre petite claque éducative et maltraitance ». Ah oui ! D’autant que la limite entre les deux est tellement claire qu’aujourd’hui encore, en France, malgré toutes les mises en œuvres sociales d’aides à l’enfance, deux enfants par jour meurent sous les coups de leurs parents. Des coups qui étaient donnés pour être éducatifs.

« Les enfants doivent avoir des limites !! » Là nous sommes d’accord. Je dirais même plus : les enfants ont besoin de limites, d’un cadre sécurisant. Et je pense qu’il y a mille et une meilleures façons de poser les limites d’un enfant sans lui coller une fessée. Si on essayait de les explorer?

« Il faut leur apprendre le respect ». Alors, oui… Mais depuis quand le respect s’apprend par les coups ? La meilleure manière d’apprendre à respecter les autres n’est-elle pas en étant soi-même respecté ? Par exemple, moi, quand quelqu’un me parle mal, m’insulte, me nie, menace de me frapper, bref me manque de respect, bizarrement mon envie première, c’est pas de le respecter, bien au contraire. Je pense donc que pour les enfants c’est pareil, non ?

« Les jeunes d’aujourd’hui sont beaucoup moins respectueux que ceux d’avant !! » C’est déjà ce que disait Platon environ 400 ans avant J-C. Curieux, n’est-ce pas ? Et si ce n’était pas une question d’âge ? Comme dirait un certain Georges B. chanteur à moustache « Le temps ne fait rien à l’affaire… Quand on est con, on est con ! »

« Ah non, mais il ne faut pas comparer la violence faite aux femmes et les fessées ! Ça n’a rien à voir ! » Tiens donc ? Pourtant, il y a quelques années encore, la société considérait qu’il fallait bien montrer à sa femme qui était le chef à la maison. Ça me fait vaguement penser à quelque chose…

« Oui, mais la femme est égale à l’homme ! C’est une relation d’adulte à adulte ! Rien à voir…»

Ah voilà ! Nous y sommes ! Pour le défenseur des châtiments corporels, l’enfant n’est pas l’égal de l’adulte. Tout comme la femme n’était pas l’égale de l’homme il y a quelques années en arrière, tout comme l’homme noir n’était pas l’égal de l’homme blanc, tout comme l’amérindien ne l’était pas de l’européen, tout comme l’homosexuel n’était pas l’égal de l’hétérosexuel, tout comme… Tout comme tous ces hommes et ces femmes dont une part d’humanité a été niée pendant des années, des siècles, et parfois encore de nos jours.

Pour le défenseur de la fessée, l’enfant serait donc une sorte de sous-humain, inférieur à l’humain adulte. Parce que concrètement, si l’on part du postulat que l’enfant est une personne à part entière, il est impossible d’arriver par un raisonnement logique à justifier l’usage de violence physique à son égard, comme il est impossible de justifier l’usage de violence à l’égard d’un adulte qui ne fait pas ce que vous aimeriez qu’il fasse.

Imaginez un peu un patron dire ceci : « Hier, j’ai mis une claque à mon employé car je lui avais déjà dit 10 fois qu’il fallait d’abord faire ceci avant de faire cela. La prochaine fois, il s’en rappellera le bougre !. »Ou bien une amie vous dire «  Ma mère m’a encore poussé à bout hier ! Elle m’a posé plusieurs fois la même question, j’ai répondu, répondu et elle a insisté. Je lui en ai collé une, ça lui apprendra ! » Ou encore une auxiliaire de vie dans une maison de retraite dire « M. Machin est infernal. Depuis qu’il a perdu la tête, il crie dès que je lui refuse quelque chose. Ça m’a gonflé, je lui ai mis deux bonnes fessées, ça l’a calmé direct ». On remarque dans le premier exemple une relation de hiérarchie entre les deux personnages, dans le deuxième une relation affective, et dans le troisième une relation de dépendance et de soin. Ces trois types de relation se retrouvent entre un parent et son enfant. Nous sommes tous d’accord pour dire que les agissements décrits ci-dessus ne sont ni souhaitables, ni respectueux, ni tolérables. Ils seraient même punis par la loi.

Pourtant, le défenseur de la fessée revendique ces comportements auprès des enfants. Il nie donc par ce biais l’humanité de l’enfant.

Il est difficile lorsqu’on a été soi-même frappé de regarder en face le mal que cela nous a fait. Une fois adulte, nous enfouissons tout cela, voire nous nous convainquons que la violence nous a aidé à devenir quelqu’un de bien. C’est un mécanisme de défense universel… Cela nous permet en plus de protéger nos parents et de rester dans notre zone de confort : nous éduquerons nos enfants avec ce que nous connaissons.

Lorsque nous avons pu comprendre que nous ne méritions pas cette violence et que la violence n’éduque pas, nous souhaitons ne pas appliquer cette méthode avec nos enfants. Cela aussi, c’est très difficile. Parce que la violence a été enregistrée dans notre cerveau, et qu’en cas d’émotions fortes, l’inconscient (ou le cerveau reptilien?) réagit plus vite que la conscience. Et parfois sans le vouloir, nous frappons nos enfants.

J’ai moi-même reçu des fessées et des claques. Pas beaucoup, mais c’était trop de toutes façons. Je ne dis pas que je ne frapperai jamais ma fille, car je connais trop bien les réflexes que notre corps peut avoir. Si un jour cela m’arrive, il est évident que je me sentirai très mal. Et j’imagine que tous les pardons et toutes les explications que je pourrais lui apporter ne suffiraient pas à apaiser la colère que j’aurais contre moi-même. Il me faudrait trouver des ressources pour être bienveillante envers moi-même. Ce que je sais en revanche, c’est que je ne la laisserai jamais penser qu’utiliser la violence sur un enfant, sur elle, est normal.

J’ai envie de m’adresser aux fervents défenseurs des châtiments corporels:

Un enfant n’est pas un demi-adulte. Il n’est pas une demi-personne. Il est une personne, avec des droits, avec des besoins spécifiques à son stade de développement. Il appartient aux adultes non pas de le nier, mais de le protéger et de l’accompagner avec le respect dû à tout être humain sur le chemin de son avenir.

« Une fessée n’a jamais tué personne ». Même pas la part d’humanité que personne n’avait le droit de vous enlever lorsque vous étiez enfants ?

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