Education en Réflexions

Culture du viol : et si on éduquait AUSSI nos garçons ?

En ce moment, la notion de culture du viol fait de plus en plus parler d’elle. Ce concept sociologique nous montre le rapport, les liens entre la culture de notre société et les viols. En gros, en France, elle découle principalement de nombreux mythes relatifs aux viols (ex : la victime ment, elle l’a bien cherché, elle ne s’est pas défendue elle a donc consenti…) de la vision de la femme (et notamment de son corps!) et de la vision commune des relations sexuelles et amoureuses.

En parler, c’est bien. C’est déjà une belle avancée féministe. Mais agir, c’est mieux.

Évidemment, agir passe par la case « éducation ». Celle des adultes, oui ! Car il n’est jamais trop tard pour se remettre en question… Et aussi celle des enfants.

Ce matin, je suis encore une fois tombée sur un article où on nous expliquait -avec toute la bienveillance et la bonne volonté du monde- comment lutter contre la culture du viol en éduquant… nos filles ! Après avoir failli recracher mon café par les narines aux vues de l’irritation qui gagnait ma gorge, j’ai décidé de faire ce petit article coup de gueule…

Parce qu’il y en a marre !

Il est assurément nécessaire d’enseigner à nos filles que leur corps leur appartient, que personne n’a le droit d’y toucher. Il est également important de leur rappeler qu’elles ont le droit de dire non, qu’elles ont le droit de se défendre. Leur apprendre des techniques de défense, pourquoi pas. Pour qu’elles ne fassent pas partie des 580 000 femmes par an ayant subi des violences sexuelles, pour qu’elles ne soient pas la femme sur 5 qui sera violée au cours de sa vie.

Pour qu’elles ne deviennent pas des victimes.

Et si on se tournait plutôt du côté de l’éducation de nos garçons, pour qu’ils ne deviennent pas des violeurs ?

Parce qu’en fait, le problème dans le viol, ce ne sont pas les victimes. Ce sont les violeurs. Et pour combattre un mal, il faut en toute logique aller à sa source. Et comme 96 % des violeurs sont des hommes, il me semble primordial de se pencher sur l’éducation des garçons, non ?

Tout d’abord, tout comme pour les filles, je pense que la base se situe au niveau du corps et ce dès la naissance. Ne forçons pas les contacts physiques : les bisous, les câlins, les chatouilles et autres ne doivent être donnés que si l’enfant en a envie. Respectons leur corps, touchons-les avec considération lors des soins. Rappelons aussi à nos garçons que leur corps leur appartient, qu’il ne peut être touché qu’avec leur accord et qu’ils en sont les seuls maîtres. Respectons leur pudeur. Apprenons leur à dire non. C’est tout simple : un garçon qui a été respecté dans son intégrité physique et sexuelle aura toute les chances de devenir un homme qui respecte le corps et les envies des autres.

Autre point important : apprenons-leur à entendre, écouter, comprendre l’autre.

Lors d’un regroupement en début de matinée dans une classe de grande section maternelle (5 ans environ), tous les enfants de la classe sont assis sur le tapis. Barnabé est assis derrière Joséphine. Il lui caresse les cheveux. Joséphine lui demande d’arrêter à plusieurs reprises, mais il continue en lui disant que ses cheveux sont si doux… La fillette se met alors à crier. L’ATSEM s’approche d’eux et demande ce qu’il se passe. Joséphine explique que Barnabé lui touche les cheveux. L’adulte répond « Oh hé ! C’est bon hein ! C’est gentil quand même ! Tu devrais apprécier ! (sourire entendu) Bon allez, arrête de te plaindre maintenant et écoute plutôt la maîtresse . »

Non. Non, non et NON ! Ce genre de scène ne devrait plus se voir. Le message qui est renvoyé ici aux deux enfants c’est qu’un homme a le droit de disposer du corps de la femme même si elle n’est pas d’accord, et qu’en plus elle devrait trouver ça agréable, voire y prendre du plaisir. On imagine bien les effets néfastes sur le développement des deux petits. Dans un cas comme celui-là, l’adulte devrait plutôt appuyer le fait que Joséphine a exprimé son désaccord, et que celui-ci doit être respecté. La règle de vie est la suivante : on ne touche pas quelqu’un qui n’a pas envie d’être touché. Point.

Concernant l’agression et le harcèlement, c’est la même chose.

Jean est avec Lola (9 ans) dans un coin exigu de la cour d’école. Il lui lance des propos dégradants, dont un bon nombre à caractère sexuel. Lola lui demande d’arrêter à plusieurs reprises, d’un manière sèche et ferme comme on lui a appris chez elle. Elle se sent bloquée et elle voudrait se dégager de cette situation. Jean continue de plus bel. Au moment où il lui jette au visage « Suce ma bite », Lola le frappe et s’en va.

Devinez qui a été punie ? Elle a pourtant expliqué ce qu’il s’était passé, mais rien n’y a fait.

Dans ces deux situations, les filles ont eu beau se défendre comme nous leur demandons dans leur éducation, les garçons eux n’ont pas entendu. Il n’ont pas respecté les limites. Et les adultes, plutôt que de profiter de ces erreurs pour les éduquer au respect de l’autre et de son corps, n’ont fait que leur donner raison. Encore une preuve que l’éducation des filles c’est bien, mais insuffisant.

Nous devons également réduire à néant le vieil adage « qui ne dit mot consent ». Expliquons à nos fils le vrai consentement et le partage.

Zoé et Thomas (4ans) jouent ensemble à s’éclabousser. Ils rient très fort pendant un moment. Puis Zoé ne rie plus et regarde au sol. La mère de Thomas intervient « Regarde Thomas, on dirait que Zoé n’a plus envie de jouer à ça. Ça ne la fait plus rire. » Thomas demande alors confirmation auprès de Zoé, qui voudrait effectivement changer de jeu. Les deux enfants peuvent ensuite trouver un jeu qui leur plaît à tous les deux.

On voit dans cette observation que Thomas n’avait pas compris le comportement de Zoé, mais l’intervention de sa mère l’aide à prendre en compte son amie et à trouver une solution qui convienne à chacun d’eux pour continuer à prendre du plaisir à jouer ensemble. C’est grâce à ce genre d’interventions qu’un enfant pourra apprendre à décoder le comportement des autres. Entendre le refus de l’autre -même quand ce refus n’est pas hurlé- et le respecter malgré sa frustration, c’est un entraînement quotidien.

Par ailleurs, ne laissons pas les garçons croire qu’ils vivent avec des pulsions incontrôlables liées à leur sexe.

Loris, 6 ans, regarde sa cousine, jeune adulte, par le trou de la serrure de la salle de bain. Il ricane et dit « Oh là là, les seins !! ». Lorsque la jeune femme explique la situation auprès des parents et grands-parents, les hommes présents rigolent. La grand-mère répond « Que veux-tu ! C’est un garçon ! Quel coquin !» avec un petit sourire.

Eh non ! Un garçon ne subit pas plus ses pulsions qu’une fille! C’est seulement une légende… Quel dommage de leur bourrer le crâne avec des âneries qui leur font croire qu’ils ne sont pas capables de contrôler leur corps et leurs envies. Et quels dégâts cela peut faire sur la construction de leur identité… donc sur leur relation à l’autre !

Autre point à travailler : la vision de la femme et de la sexualité. Dans notre société où sexisme, culte du corps et culte du sexe se mélangent allègrement un peu partout autour de nos jeunes (et même quand on fait tout pour ne pas entrer là-dedans à la maison…), nous avons beaucoup de boulot en tant que parents. Cela ne peut se faire qu’au jour le jour, par le dialogue. Nous pouvons sauter sur chaque occasion pour aller à l’encontre de la culture du viol. Par exemple, lorsque dans un film un homme embrasse de force / sans son consentement une femme, c’est à nous de montrer notre désaccord et -si l’enfant est en âge de comprendre- de nommer cet acte : ceci est une agression sexuelle. La Belle au Bois Dormant ? Oui, oui, vous y êtes. Star Wars, James Bond ? Encore. Et bien d’autres, malheureusement…

Nous pouvons également amener les jeunes à réfléchir autour de ces sujets. Par exemple, lorsqu’une femme est à moitié nue sur une pub pour nous vendre je ne sais quel produit, nous pouvons en profiter pour les questionner. « Qu’en penses-tu? » « Trouves-tu cela normal ? Souhaitable ? » « Que ressentirais-tu à la place de cette femme ? » Etc.

 

Pour les plus grands, il est important de parler de ce qu’est une agression sexuelle, de ce qu’est un viol et de casser les mythes qui les entourent. Je pense qu’il faut également parler des conséquences de ces violences sur les victimes. Apprenons aux garçons que les choses ne doivent jamais s’obtenir par la force, et que personne ne doit abuser des faiblesses de l’autre pour en tirer des bénéfices. Non, on ne plaque pas une fille contre un mur pour l’embrasser par surprise, c’est pas romantique. Non, on ne profite pas du fait qu’elle ait bu de l’alcool pour obtenir des faveurs sexuelles : son oui ne sera sans doute pas un réel consentement. Etc.

Parlons-leur du vrai sexe, pas celui qu’on voit dans les films. Parlons-leur de plaisir partagé.

Expliquons-leur qu’un « oui » n’est pas valable pour toujours. Qu’un « oui » peut être suivi d’un non dans l’instant d’après. Qu’une salope ça n’existe pas. Que la séduction aussi est un instant de jeu qu’on partage. Que le maître mot dans tout ça est le respect. De l’autre et de soi.

 

Et enfin… Et surtout…Montrons l’exemple. Je ne le dirai jamais assez, un enfant se construit en observant les adultes qui l’entourent. Alors si on peut oublier les blagues sexistes, les tripotages « pour rire » et les réflexions du genre « Elle s’est faite violer ? Mais aussi ! Elle avait une mini-jupe ! », « Femme qui rit à moitié dans ton lit », « Les femmes aiment être forcées un peu », ou encore « Elle l’aguiche et elle va pas plus loin, la salope ! », ça aiderait bien les p’tits gars à devenir des adultes respectueux et épanouis sexuellement.

 

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