Education en Réflexions

Désirs et besoins : quelles différences?

« Il ne faut pas tout passer à un enfant ! Sinon il ne comprendra jamais la vie ! » « Pleures, tu pisseras moins, et puis ça te fera les poumons ! » « Quel caprice ! » « Si tu ne laisses pas ton bébé pleurer, tu vas en faire un capricieux » « Il tête encore ! Mais il a déjà pris il y a une heure !! » « Si tu le portes à chaque fois qu’il le demande, il va être complètement dépendant de toi ! » « On doit pas toujours prendre les enfants à bras ! » « C’est un enfant gâté, il a tout ce qu’il veut.. »

Quel parent n’a jamais entendu l’une ou l’autre de ces petites phrases assassines (quand ce n’est pas toutes…)? A fortiori quand on pratique une éducation bienveillante… Parfois, on se sent démuni face à ces petites réflexions récurrentes, et parfois même, lorsqu’on a un coup de mou, on se demande si tous ces gens-là n’ont pas un peu raison…

Allez, allez, on se reprend ! Faisons un petit tour sur les notions de désir et de besoin pour mieux comprendre tout ça, et pour mieux répondre à (rayez la mention inutile) belle-maman Je-suis-la-meilleure-des-mamans pour les intimes, tata Ginette-J’ai-eu-5-enfants-et-ils-sont-pas-morts, tonton Albert le philosophe, la nounou du petit dernier, l’instit’ de maternelle cette super pro, papi Jean sait-tout et notre copine Joséphine, sans enfants mais pas sans avis. Non mais !

Le mot « besoin » vient du francique « bisunni » qui signifie « soin ». Tiens, tiens, tiens… Y aurait-il un sens caché ? Non, non, c’est bien cela : prendre soin de quelqu’un, c’est répondre à ses besoins, s’assurer que ses besoins sont satisfaits.

La définition du mot besoin est également assez parlante : « Le besoin recouvre l’ensemble de tout ce qui apparaît être nécessaire à un être, que cette nécessité soit consciente ou non. » Tout est dit. Pour qu’un enfant soit bien dans sa tête et dans son corps, ses besoins doivent être satisfaits, tout du moins au maximum. La non-satisfaction des besoins, lorsque qu’elle est répétée, bloque le développement de l’individu.

Abraham Maslow, psychologue des années 40, a tenté d’établir une liste hiérarchisée des besoins fondamentaux de chaque être humain. Quand je dis être humain, entendez adulte ET enfant, évidemment ! Voici cette petite pyramide :

On comprendra ici que si les besoins de base, notés en 1, tels que manger, dormir et se reposer ne sont pas satisfaits, il est impossible que les besoins 2 le soient : on ne peut se sentir en sécurité que si nous ne luttons pas pour notre survie ! De même, les besoins 2 doivent être satisfaits pour pourvoir satisfaire les 3 : se sentir aimé et compris n’est possible que lorsque nous sommes en confiance avec autrui. Et et cætera, vous voyez la logique ?

Tous ces besoins doivent être satisfaits pour que l’enfant se développe bien. Si c’est évident pour tout le monde en ce qui concerne les besoins physiologiques, cela l’est moins pour les autres types de besoin. En effet, personne n’imagine ne pas nourrir son enfant. En revanche, il arrive fréquemment que le enfants ne se sentent pas en sécurité avec les adultes qui les entourent. C’est le cas par exemple lorsque l’adulte crie, menace ou frappe un enfant. Il n’est pas rare non plus qu’un enfant ne soit pas écouté lorsqu’il s’exprime, ou que le comportement des autres ne lui montre pas l’estime qu’ils ont pour lui.

Mais alors, d’où ça vient ?

Et la réponse est en haut de ce texte… La fameuse phase… « Il ne faut pas tout passer à un enfant ». La phrase qui montre que nos confondons souvent les besoins des enfants avec leurs désirs.

Le désir, c’est l’envie. C’est le fait de vouloir quelque chose. (Je n’entrerai pas dans les méandres des définitions de psychologies qui vont bien plus loin et qui vont nous perdre sur un chemin louche, entre Freud, Jung, Lacan et leurs z’amis…) Le désir est souvent motivé par le plaisir immédiat, qui est un moteur essentiel dans les actes de l’enfant. Il n’est pas nécessaire de satisfaire tous les désirs.

Imaginons par exemple que votre fillette a faim. Elle demande un bonbon. Un bleu, celui qui pique un peu. Son besoin est de satisfaire sa faim. Son désir, c’est le bombec. Son besoin de satiété doit être satisfait, mais pas forcément son envie.

Autre exemple : votre fils pleure de colère dans un magasin, car il voulait que vous lui achetiez ce magnifique dinosaure à paillettes. Son envie, c’est le jouet. Son besoin, exprimé par les pleurs et les cris, c’est d’être compris, entendu aussi bien dans sa demande que dans son émotion.

Ou encore, votre bébé pleure la nuit. Son besoin, c’est d’être rassuré, de se sentir à nouveau en confiance. Il a donc besoin de vous, pour revenir le voir, lui parler, le prendre dans vos bras, le bercer suivant vos habitudes.

Parfois les désirs sont mus par des besoins. C’est là que ça se complique.

Votre bambin vous tend un livre. Il veut que vous le lui lisiez tout de suite. C’est son désir. Son besoin relié à cette envie, c’est de passer du temps avec vous, de se sentir aimé. A ce moment-là, il est possible de différer son désir, en lui lisant le livre un peu plus tard dans la journée par exemple. Il est également possible de faire une autre proposition qui répondra également au besoin sous-jacent. Dans cet exemple, si vous n’aimez pas lire, vous pouvez proposer de plutôt jouer à la voiture ou de faire une bataille de guillis.

En fait, plus les besoins sont hauts dans la pyramide, plus il sera possible de différer ou de changer de proposition. Par exemple si l’enfant a soif (besoin tout en bas de la pyramide), il ne sera pas possible de différer (ou alors très peu suivant l’âge de l’enfant), ni de faire une autre proposition puisque le besoin ne serait plus du tout satisfait. Il en est de même si l’enfant a besoin d’être rassuré (niveau deux de la pyramide), il serait très délicat de différer. Les besoins au-dessus s’inscrivent dans le temps -le sentiment d’être aimé, de s’accomplir ne se jouent pas sur un acte, mais sur une multitudes formant un tout- c’est pourquoi il est possible de différer et de faire des suggestions pour que l’envie de l’enfant se transforme.

Nous pouvons dons en conclure, et rappeler à tata Edmonde, que s’il n’est pas nécessaire, souhaitable, ni possible de répondre à tous les désirs de nos petits, il est de notre de devoir de parents de répondre à tous leurs besoins.

Et si, pour ce faire, nous apprenions à comprendre les besoins de nos enfants ? Et si nous tentions de répondre à leurs désirs en conscience ?

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